News internet du 12 déc 2008

La facilité d’accès aux vidéos , incarnée par la plateforme de partage de vidéo YouTube, change profondément la société, concluaient les intervenants du Web 2.0 Summit à San Francisco qui discutaient sur le sujet du et de la politique (vidéo, transcription en français des meilleurs moments). YouTube est récemment devenu le second moteur de recherche du monde selon Comscore (passant devant Yahoo!), avec 344 millions de visiteurs uniques (voir les chiffres d’audience mis en avant par Didier Durand). En juillet 2008, 75 % des internautes américains ont visionné 5 milliards de vidéos , soit plus de 54 vidéos en moyenne par personne et par mois, estime Comscore. Non seulement presque tout le monde regarde des vidéos , mais toute conversation, significative comme insignifiante, est désormais filmée - et tous ces films sont accessibles sur YouTube.

Le champ de recherche qui s'affiche dans les vidéos de YouTubeEn affichant depuis quelques jours sur toutes les vidéos embarquées un champ de recherche, la fonction de YouTube comme de est devenue d’un coup plus manifeste. Est-ce que cela suffit pour penser, comme le suggèrent certains observateurs, que YouTube pourrait devenir le prochain (et comme YouTube appartient à , voilà qui devrait limiter les querelles de succession) ? Est-ce que les contenus vidéos vont transformer notre expérience du ? Et si l’après-, correspondait à un où les textes seraient devenus non seulement une part mineure des contenus (c’est déjà le cas), mais leur consultation également une part mineure des usages ?

Les plus jeunes ont tendance à utiliser YouTube comme de , c’est-à-dire à regarder les contenus du seulement sous l’angle vidéo, comme si les contenus textuels n’existaient pas ou plus. Pour eux, une grande partie de leur expérience du s’arrête aux vidéos qu’ils y trouvent. Dès à présent, les usages de YouTube explosent auprès des pré-adolescents remarque WebMetricsGuru et on ne compte plus ceux qui écoutent de la musique via YouTube, pour profiter des clips en même temps que des morceaux de musique. Comme l’explique une étude suédoise, regarder des clips vidéos sur YouTube est une activité sociale pleine et entière, tant pour en discuter que pour les échanger.

Force est de constater, à la suite d’Alex Iskold du ReadWriteWeb, qu’on trouve tout sur YouTube et que le est en passe de devenir l’encyclopédie vidéo qui vous renseigne sur la danse contemporaine comme sur la politique locale, qui permet de porter un regard sur l’actualité des personnalités comme sur l’activité numérique de nos semblables, voire sur le caractère avant-gardiste de leurs productions. Comme c’était le cas avec : si on ne vous trouve pas sur YouTube c’est que vous n’existez pas. D’où le fait que tout le monde cherche à investir le de partage vidéo, que ce soit le futur président des Etats-Unis, comme les terroristes islamiques. Voilà longtemps que, dans une folle course en avant, les grands succès du imposent leurs pratiques aux utilisateurs si ceux-ci veulent y exister.

Encadré : Les limites techniques et économiques
Bien sûr, YouTube pour l’instant ne fonctionne que sur les contenus que les internautes lui fournissent et n’indexe pas les contenus vidéos provenant d’autres plates-formes. En cela, il n’est pas un “vrai” de à la de toutes les vidéos disponibles sur le quelque soit leurs formats. De plus, comme tout de , YouTube n’est pas parfait : les recherches spécifiques fonctionnant bien souvent mieux que celles sur des sujets généraux, qui peinent à renvoyer des résultats pertinents (Astrophysique fonctionne beaucoup moins bien que Simpsons Mapple par exemple). Autre difficulté technique encore à résoudre : les propos de ces vidéos ne sont pas indexés par le . Ce qui rend impossible de retrouver un passage particulier perdu dans la nasse des milliards de vidéos indexés. Mais comme le montre lui-même avec son outil d’indexation audio, à la suite de Blinkx ou EveryZing, l’indexation des contenus vidéos est amenée à progresser. Nous serons donc capables demain de chercher de l’information dans les propos tenus dans les vidéos, de sélectionner les commentaires vidéos selon des mots clés ou des termes de . Enfin, l’ajout d’outils de reconnaissance des formes ou des visages, comme Viewdle permettra également d’aller plus loin dans l’indexation et donc à terme dans la fluidité avec laquelle nous naviguons entre et dans les vidéos.

La comparaison Youtube Google en terme de pages vues

Autre problème majeur pour Youtube : rendre cette révolution technologique économiquement soutenable. Car transformer le coût de la bande passante de ce milliard de vidéos vu chaque jour sur YouTube en argent sonnant n’est pas si simple explique Rémi Douine sur le blog d’Actualité de la recherche en histoire visuelle. En effet, YouTube a besoin de centaines de milliers de serveurs pour distribuer des vidéos qui ne sont vus en moyenne que par une poignée d’utilisateurs. Et la question de comment rentabiliser ce trafic reste pendante. Même si YouTube vient visiblement de décider d’utiliser AdSense pour monétiser ses contenus, en faisant s’afficher des publicités en bas des fenêtres vidéos, rien n’indique que la solution sera suffisante pour rentabiliser le trafic. Pourtant, des solutions commencent à s’esquisser, comme celle suggérée par Auditude : le système identifie le contenu originel de chaque vidéo publiée sur MySpace et fait apparaître en surimpression le programme d’origine, sa date de diffusion et un lien vers des magasins où l’on peut acheter la musique ou l’épisode en question. Surtout, une fois le contenu originel trouvé explique TechCrunch, Auditude ajoute un encart publicitaire à la vidéo dont les revenus iront au propriétaire du contenu original, quelque soit la personne qui a chargé la vidéo. Une invention qui permet d’imaginer une rémunération de facto de la dissémination des contenus par la foule comme le dit très bien Alexis Mons : “le piratage devient l’essence même du business”. On pourraitimaginer bien d’autres solutions comme ajouter des publicités facilement dans les vidéos, à la manière du projet ZunaVision, capable d’ajouter des publicités d’une manière réaliste dans les surfaces planes qui figurent dans un film. Dans le domaine, il est à parier que l’innovation va faire feu de tout bois dans les prochains mois. Le temps presse : la rentabilité de YouTube est devenue une priorité pour Google.

Tout contenu peut-il devenir une vidéo ?

Dans ce monde où la vidéo rattrape la tout court, une question doit être à présent posée : tout contenu peut-il devenir une vidéo ? Chaque texte que nous produisons pour le peut-il être transformé en vidéo ? Les amoureux de l’écrit comme nous vous diront que ce n’est pas possible, que la vidéo ne concurrence pas l’écrit et ne s’y substitue pas. Néanmoins, on le voit bien déjà, le champ de la vidéo semble s’étendre toujours un peu plus. Après ce qui tenait naturellement de la vidéo (clip, pub, émissions de télé, interviews…), celle-ci arrive sur de nouveaux champs, comme le montrent par exemple ces vidéos de chercheurs qui rendent accessibles sous forme visuelle leurs résultats de recherches ou ces tutoriels en vidéo (sur un spectre grandissant de sujets) qui remplacent de plus en plus les communiqués de presse, les articles et les guides d’antan. Si le de la vidéo continue de progresser, pourrons-nous nous passer de transformer tout propos, tout communiqué de presse, toute information en vidéo ? Assurément pas et c’est d’ailleurs ce qui commence à se passer comme le montre les vidéos accompagnant le lancement de tout nouveau service ou de toute nouvelle start-up du .

Alex Iskold n’est pas convaincu de cette transformation automatique. Pour lui, ce sont les hyperliens qui rendent le possible. Or, s’il est désormais possible d’intégrer des liens dans les vidéos (exemple), force est de reconnaître que le support s’y prête mal, que le lien n’a pas la même clarté qu’un lien dans un texte. Mais est-ce un obstacle suffisant à la visibilité immédiate que promet l’image animée par rapport au texte ? Autre critique fréquente : la vidéo est moins facile à copier-coller. Le remixage demande plus de technicité, malgré l’existence d’outils toujours plus simples d’utilisation comme JumpCut, Rifftrax, ou d’autres. Mais là encore, notre utilisation accrue du support vidéo nous conduira certainement à être tous mieux à même de produire des contenus vidéos.

Autre objection courante : écouter une vidéo monopolise plus l’attention que parcourir un texte. C’est une critique récurrente qui a été faite à l’encontre de tous les contenus au format vidéos, que ce soit les commentaires en vidéo de Seesmic aux CV en vidéo. Certes, la vidéo n’est pas une fin en soi. Malgré la justesse de ces critiques, que j’aurais tendance à partager d’ailleurs, je me demande si nous ne passons tout de même pas à côté de quelque chose. On le sait, ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas pratiques, pas fluides, pas simples à utiliser que les gens ne font pas usage de certaines technologies. On peut dire que les commentaires vidéos ou les CV en vidéo ne sont pas une bonne option, raisonnablement, cela ne veut pas dire que la pratique ou la mode ne vont pas l’imposer : au moins parce qu’il n’y a pas que des arguments rationnels à utiliser ou pas un support. Les internautes qui échangent des commentaires en vidéo sur Seesmic ne le font pas avec une volonté d’optimisation de leur commentaire, mais parce que le mode de communication leur convient. Si nous ramenions toutes nos pratiques à l’utilitaire, il n’y a pas beaucoup de Twitter, de Facebook ou même de YouTube qui y résisteraient.

La Génération YouTube

“Imaginez une génération entière de gamins grandissant et apprenant le monde via YouTube. Dans la première moitié du XXe siècle, les gens grandissaient en lisant des livres et des . Ensuite, il y a eu une génération qui a grandi avec la télévision. La suivante a grandi avec l’. Et maintenant la vidéo est en train de dessiner une nouvelle génération”, explique encore Alex Iskold. Nous consommerons d’énormes volumes d’informations via la vidéo, tout comme nous le faisons aujourd’hui du texte. Tout en étant plus maître de ce que nous allons regarder. On veut pouvoir regarder ce qu’on veut au moment où on est disponible pour le faire. Certes, comme le dit l’Institut Nielsen, les grands messes ne sont pas terminées pour autant. La vidéo n’est pas encore tout à fait une République Vidéo (vidéo), comme le prophétise le think tank britannique Demos dans l’une de ses dernières publications. En effet, contrairement à ce qu’en disent les Cassandres, la vidéo n’a visiblement pas encore tué la télévision puisque si le temps passé sur la télé, l’ et le mobile ont tout trois progressé aux Etats-Unis en 2008, le temps passé sur l’ est tout de même 5 fois moindre que le temps passé devant la télé, pour la grande majorité des gens.

Comme l’explique Howard Rheingold sur son vidéo blog, “dans les prochaines années, les présentations et les discussions vidéos vont envahir les cours, des jardins d’enfants aux grandes écoles. La vidéo vernaculaire est déjà en train de changer la culture populaire. Demain, elle transformera nos façons d’enseigner et d’apprendre.” Assurément, à bien y penser, il y a là une transformation culturelle forte que l’invention du cinéma et de la télévision n’avaient fait que préfigurer. Si YouTube est l’après , nous allons pouvoir remiser nos claviers. Mais nous risquons d’y perdre quelque chose. Cette impression de devenir toujours plus consommateur qu’acteur des contenus que l’on visionne, non pas parce que nous serions moins capables de produire des vidéos que des textes à l’avenir (nous nous adapterons), mais parce que le visionnage semble toujours plus passif qu’un temps de lecture. Alors que notre regard est maître de ce qu’on lit sur une page, nous ne sommes pas encore maîtres de la linéarité de la vidéo. Peut-être est-ce là un champ de à pousser plus avant ?

Hubert Guillaud

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