Le mar 7

Ce fil d’information, accessible sur notre site ou sur aaaliens.com, est aussi disponible au format RSS. Vous êtes invités à nous aider à réaliser cette sélection en nous signalant des articles qui vous semblent importants et qui interrogent notre réflexion et notre futur en utilisant le tag “internetactu” dans Del.icio.us.

Débat
. Novövision : Internet, une arme des classes moyennes contre les élites médiatiques
Guillaume Narvic revient sur un billet provocateur d’Emmanuel Parody qui voyait dans le conflit blogueurs journalistes, le miroir du malaise social en cours : “L’internet permet l’expression d’une communauté qui ne se sent pas représentée par ses élites, ses journaux. La fracture s’étend jusqu’au coeur des rédactions, elle cisaille les partis politiques etc… Internet est l’instrument de la revanche des classes moyennes qui voient s’éloigner les perspectives de progression sociale. C’est le media des cols blancs qui se découvrent en voie de prolétarisation et vont s’allier très naturellement avec les professions intellectuelles de plus en plus marginalisées vis à vis du pouvoir économique. Parmi elles, une grande partie des…journalistes.” La Crise de la presse serait moins une question de qualité des contenus, que l’expression d’une bataille “pour la prise de pouvoir autour des fonctions d’intermédiation”…

. ARHV : L’exposition en ligne, exhibition ou iconoclasme ?
Point d’exhibitionnisme dans nos habitudes à nous montrer en ligne, mais un iconoclasme moderne qui vise plus à désacraliser nos représentations de soi qu’à détruire nos icônes, explique André Gunthert. “L’image qu’on a de soi, différente de celle qu’en perçoivent les autres, est le résultat d’un travail d’acculturation de longue haleine qui est notamment fonction de la réitération de la rencontre avec son portrait. La thèse du narcissisme présuppose un contrôle permanent de l’apparence. La tyrannie de ce préjugé nous fait oublier que nous n’aimons pas toujours notre image, et que le choix d’un portrait est aussi, plus simplement, le résultat temporaire d’une négociation avec notre reflet – une option faute de mieux et parce qu’il faut bien se plier aux règles du genre.”

Hadopi
. Slate.fr : Seul l’Internet rejette la loi sur le téléchargement illégal
Sur l’internet, il est difficile de trouver des soutiens au projet de loi Internet et Création, hors cette opposition ne s’entend pas à l’extérieur du web, explique Versac. Qu’est-ce qui explique le contraste de traitement ? Les internautes ont du mal à porter leur débats dans le réel ce qui correspond à leur logique de réaction plus que de proposition. Ils sont certainement incapables de s’organiser pour faire pression avec efficacité, pour transformer cette action dans la vraie vie. Pourquoi ? Peut-être parce que le web manque de représentants, d’acteur fédérateur, militant, actif. “Une absence de mobilisation symptomatique de l’atonie des corps constitués qui ne sont pas à la recherche de soutiens populaires ; symptomatique d’un corps politique attendant plus de son leader politique que des citoyens mobilisés.”

. Ecrans.fr : Combien va réellement coûter la loi Création et Internet ?
Astrid Girardeau fait le point sur le coût de la Loi Création et Internet. Combien vont coûter les 10 000 mails d’avertissements, les 3 000 lettres recommandés, les 1000 décisions quotidiennes et la surveillance que les Fournisseurs d’accès internet vont devoir accomplir ?

. Framablog : Hadopi, le scénario catastrophe mais plausible de l’Isoc France
La loi Création et internet est-elle une bombe à retardement dont les effets pourraient être pires que les remèdes ? Sous le plume de Paul Guermonprez, le chapitre français de l’Isoc France vient de livrer un article de prospective sur les effets que devraient avoir la loi Création et internet que le Parlement s’apprête à voter. - “De même que l’interdit bancaire n’a jamais appris à lutter contre l’endettement, le bannissement d’Internet ne sera pas utile pour éduquer sur le respect du droit d’auteur.” - Les téléchargements (serveurs payants, nouveaux systèmes P2P…) et l’échange de main à main vont continuer renforçant l’acceptation sociale du partage. - Renforcement des monopoles commerciaux et évolution des offres directes d’échanges entre artistes et auditeurs. - Risque sur la neutralité d’internet… A méditer.

. ReadWriteWeb France : “Hadopi est une mauvaise réponse faite par des gens désemparés”
Très intéressant entretien avec l’économiste Patrick Waelbroeck, qui met en évidence l’inefficacité prévisible de la loi Création et internet (Hadopi) et ses effets pervers attendus. L’un des risques est d’accentuer un clivage générationnel dans l’usage des technologies et la consommation des biens culturels, et d’encourager chez les plus jeunes le développement de pratiques underground.

. L’esprit libre - Richard Stallman: la loi Création et Internet, exemple de menottes numériques
Partisan du partage et de l’ouverture de la connaissance, et pas seulement dans le domaine logiciel, Richard Stallman propose une forte modification des droits d’auteur: passage dans le domaine public 10 ans après la publication d’une oeuvre. « La plupart des livres aux Etats-Unis sont vendus après deux ans à prix réduit et après trois ans sont introuvables. »

. Philippe Aigrain : L’internet, talon d’Achille du gouvernment des pensées
“Techniquement, on essayera de détruire la neutralité de l’internet en autorisant les opérateurs de télécommunication et les fournisseurs d’accès à des pratiques discriminant entre les types de sources, de contenus ou de protocoles. Fiscalement, on favorisera les sites bientôt labellisés des médias qui ne laissent parler la critique que lorsqu’elle est convenablement encadrée. Judiciairement on créera pour les internautes un régime de responsabilité de diffamation ou autre plus défavorable que celui qui s’applique aux sites de médias “officiels”. Le contrôle et la police s’institueront par des canaux dérivés : en invoquant la protection des enfants, la lutte contre le terrorisme et last but not least, la défense de la “propriété intellectuelle”.”

Concept
. Louis Naugès: Participatique ?
L’inventeur du terme “bureautique” propose de traduire le “social computing” par “participatique” : sous-ensemble d’un système d’Information qui regroupe toutes les activités universelles, indépendantes du secteur économique et du métier des personnes, pouvant faire appel à la participation des utilisateurs.

. Metaxu : Cyberpédia
Philippe Quéau se prend à imaginer une Cyberpédia (du grec cyber, gouvernail), encyclopédie dédiée aux informations publiques et gouvernementales, et à tous les sujets d’intérêt local, national et global que des millions d’yeux et de cerveaux pourraient documenter, analyser, recouper, vérifier.

Identités Actives
. Courrier international : Se refaire une virginité sur la Toile, c’est possible
Aider les internautes à effacer les traces qu’ils laissent sur le net, c’est ce que proposent de plus en plus de sociétés lucratives. La technique : gérer les résultats des moteurs de recherche en développant des informations adaptées pour avoir la maîtrise de ce qui se dit de nous.

. internet et opinion(s) - Le Tigre, Marc L. et les moutons
Par qui est venu le buzz ? Par Marc L. lui-même ! Par son interview au journal (vous savez le “média traditionnel”) PresseOcéan ! Marc L. a bien donné une interview et c’est cette interview qui déclenche le reste de l’emballement - aidé par une première reprise, celle du NouvelObs qui donne la visibilité de l’article sur la toile…

. GroupeReflect.net : Quand le web pose la question du changement de nom
La petite ville d’Eu, en Haute-Normandie, envisage de changer de nom afin d’être référencé sur les moteurs de recherche, afin de faire ressortir la ville comme un lieu géographique et touristique. Une histoire qui raconte l’impact des usages numériques sur le tourisme, mais plus encore sur le besoin de différentiation par le nom. Comment se singulariser pour exister sur l’internet ?

. Ecrans.fr : Alex Türk, “Concernant Facebook, je suis extrêmement inquiet, affolé même”
Le président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés dit son pessimissme devant le peu de considération des acteurs de l’internet pour la protection des données personnelles. “On parle toujours d’utilisateurs sur ces sites, ou de membres, jamais de clients. Et à la différence du droit commercial classique, les choses ne sont pas claires du tout alors que l’on est dans un échange quasi-contractuel. Vous me donnez vos données personnelles, vous acceptez que je puisse les commercialiser et en échange vous ne me devez rien pour accéder au service ! Les acteurs de l’Internet jouent aujourd’hui sur cette ambigüité et c’est malsain. Il faut d’urgence inventer les nouveaux concepts juridiques qui permettront de clarifier cette situation, de définir un droit de l’internaute.”

. Generation NT : VoIP, l’Europe veut écouter les conversations
Le système de chiffrement de Skype permet aux criminels d’échapper aux écoutes des autorités, explique l’Unité de coopération judiciaire de l’Union européenne (EuroJust) qui cherche à lever les obstacles techniques et judiciaires empêchant les écoutes sur le logiciel de VoIP.

Economie
. Courrier international : Les leçons à tirer du miracle chinois
Courrier international publie une excellente tribune de Quin Hui, professeur, historien à l’université de Pékin, qui montre que le faible niveau des salaires en Chine ne suffit pas à expliquer l’expansion économique de ces dernières années. L’absence de droits sociaux a été un facteur plus déterminant encore : “La refonte planétaire en cours ne se résume pas seulement à une transfert de la production des régions à haut salaires vers les régions à bas salaires, mais consiste surtout en un transfert de la production des régions très respectueuses des droits de l’homme vers les régions peu respectueuses des droits de l’homme. (…) Cela ne correspond pas à la victoire de la Démocratie libérale et la fin de l’Histoire, mais plus probablement à l’échec de 200 ans de mouvement sociaux, de 100 ans de systèmes démocratiques de protection sociale et d’un milliers d’années d’aspiration à l’égalité entre les hommes.”

. Zdnet.fr : Nathalie Kosciusko-Morizet planche sur un volet numérique du plan de relance
NKM a déclaré travailler à un volet numérique du plan de relance économique.

. O’Reilly Radar : Est-ce que Twitter peut apporter du trafic et des ventes ?
Dell rapporte que son compte Twitter (sur lequel ils proposent des offres promotionnelles) a rapporté 1 million de dollars en 2008. Une goutte d’eau dans les 16 milliards de revenus de la société, mais une piste intéressante néanmoins. NameCheap a lancé un concours où les premiers à donner une bonne réponse, gagnaient un an d’enregistrement de noms de domaines, permettant à l’entreprise de voir son volume d’enregistrement de noms de domaines croitre de 20 %. D’autres exemples ?

Réseaux sociaux
. The Economist : La taille des réseaux sociaux ou des Primates sur Facebook (angl.)
Non seulement notre réseau social est cognitivement limité - http://www.internetactu.net/2008/04/28/notre-reseau-social-est-il-cognitivement-limite/ -, mais en plus, selon le professeur Cameron Marlow, un utilisateur moyen de Facebook doté de 120 amis, ne communique vraiment qu’avec un peu moins d’une dizaine. Sur les sites sociaux, les gens ne réseautent pas plus que les autres : ils gardent le même cercle restreint d’intimes qu’ils ont toujours eux.

Villes 2.0
. O’Reilly Radar : La ville à faire soi-même lance le trafic à faire soi-même (angl.)
L’initiative DIY City - http://diycity.org - vient de lancer DIY Traffic - http://diycity.org/diytraffic-realtime-traffic-alerts -, un système qui utilise Twitter pour recevoir de l’information trafic des usagers, sur 3 grandes villes américaines (San Francisco, Chicago et Portland). Quand les geeks imaginent le futur des villes.

Entreprise
. Cluster21 : Ce que World of Warcraft nous apprend sur le passage à l’entreprise 2.0
Toute proportion gardée, note Christophe Deschamps, les services de micro-blogging pourraient être assimilés à un simulacre de conscience de l’organisme vivant qu’est l’entreprise. Une conscience en veille permanente, susceptible de mobiliser à chaque instant les ressources de l’organisme dont elle émane afin de répondre aux risques/besoins perçus.

. Putting people first : Pourquoi les logiciels d’entreprises sont si mauvais ! (angl.)
Le programmeur Michael Nygard s’énerve contre les logiciels d’entreprise : “le logiciel d’entreprise créé plus de travaille qu’il n’en automatise”. Et d’énumérer 4 raisons pour lesquelles les systèmes internes des entreprises sont si mal aimés et si impossibles à aimer :
1. Ils servent leurs suzerains (la DSI) et non pas leurs utilisateurs finaux, oubliés.
2. Ils sont conservateurs, c’est-à-dire qu’ils n’apportent pas d’interaction créative entre employés et adaptent des parcours de travail établis plutôt que de les renouveler.
3. Ils ont un public captif, donc pas d’effort à faire car les utilisateurs n’ont pas le choix.
4. Les applications sont mal aimées de leurs propres développeurs.

. Bertrand Duperrin : Etude sur les usages des TIC dans les entreprises françaises
Bertrand Duperrin revient sur une étude réalisée par Microsoft sur les usages des TIC dans les entreprises françaises qui montre que les usages principaux consistent à mettre à jour ses données, s’informer, rechercher et partager. L’étude distingue plusieurs profils d’utilisateurs, notamment les Faber (les méthodiques) des luddens (des intuitifs) et montre plusieurs niveaux d’attentes différents face aux technologies.

. L’Atelier.fr : Le réseau social d’entreprise ne créé pas du lien, mais du savoir
L’utilisation du réseau social en entreprise n’a de raison d’être que si l’outil présente une réelle utilité dans la réalisation des tâches quotidiennes. Les collaborateurs doivent y voir un sens, sinon ils ne l’utiliseront jamais.” (via Palpitt et aaaliens.com).

Usages
. M@rsouin : L’usage de la télévision sur le téléphone mobile et des plateformes de partage de vidéos en France
Quelles sont les pratiques des jeunes mobispectateurs ? Comment s’exprime l’hétérogénéité des usages ? Quelles sont les stratégies d’usage ? Quels sont les contextes d’usage dominants ?

. The Entertainment Software Association : Industry Facts
L’association pour les logiciels de loisirs a listé 10 faits méconnus de l’industrie du loisir.
1. L’industrie du jeu vidéo américain représente 9,5 milliards de dollars (+6 %) en 2007.
2. 65% des foyers américains jouent au jeu vidéo.
3. L’âge moyen du joueur est de 35 ans et il joue aux jeux depuis 13 ans.
4. L’âge moyen de l’acheteur de jeu est de 40 ans.
5. 40 % des joueurs sont des femmes.
6. En 2008, 26% des américains de plus de 50 ans jouent au jeu vidéo (contre 9% en 1999).
7. 36 % des chefs de foyers jouent au jeu vidéo sur un objet sans fil comme un PDA ou un téléphone.
8. 85 % des jeux vendus en 2007 étaient classés pour tout public, pour adolescents ou pour les plus de 10 ans.
9. 94 % des joueurs de moins de 18 ans rapportent que leurs parents étaient présents quand ils ont acheté ou loué un jeu.
10. 63 % des parents pensent que les jeux sont bénéfiques à leurs enfants.

. Neteco.com : La consommation numérique en nette progression
Neteco dresse la synthèse de l’étude annuelle de TNS Sofres sur le baromètre de la consommation numérique : la vidéo à la demande et les podcasts progressent, même si la TNT, le mp3 et les box demeurent les technologies les plus connues. Les pratiques internet progressent : radio en ligne en direct, téléchargement de musique…

. BoingBoing : Jouer à Call of Duty à condition de respecter la convention de Genève
Hugh Spencer, écrivain et créateur d’expositions, laisse son fils jouer à Call of Duty… à condition qu’il respecte la convention de Genève et la fasse respecter par son équipe.

. M@rsouin : Qui sont les “non usagers” de l’internet ?
Six “non usagers” sur 10 n’ira jamais sur l’internet; un sur quatre a demandé à un internaute d’y aller chercher quelque chose à sa place. M@rsouin se penche sur les statistiques du “non usage” de l’internet en Bretagne.

Internet des objets
. O’Reilly Radar : Botanicalls
On ne présente plus Botanicalls, ce système qui permet de savoir quand vos plantes ont soifs. Kati London, sa conceptrice, expose en vidéo quelques exemples de détournements amusants.

. innovaNEWS : A Tokyo, les chercheurs inquiètent Nathalie Kosciusko-Morizet
NKM est frappée de l’hostilité que suscite Google chez ses interlocuteurs nippons, qui se disent également “inquiets” de l’Internet des objets en raison des risques d’exploitations malveillantes des données interconnectées.

. Internet of Things in 2020 : une feuille de route pour le futur (angl.) (.pdf)
A la suite d’un atelier tenu en février 2008 par un groupe de travail de l’industrie européenne et la Commission européenne, impliquant plus de 80 experts, un rapport, publié en septembre fait le point sur l’avenir de l’internet des objets.

. erasme.org : RFID au musée cas de Vilvite, Musée des Sciences de Bergen
Avec 75 installations interactive, ce musée norvégien est le premier musée à avoir généralisé l’utilisation des RFID sur le ticket d’entrée et dans les manipulations afin de les retrouver en ligne après la visite.

Médecine
. L’Atelier : Le Sintef rend l’examen de l’intérieur du corps réalisable à domicile
Il travaille sur une capsule ingérable qui embarque un système de navigation. Ce dernier permettra de contrôler le dispositif à distance comme un véhicule télécommandé. Le patient n’aura qu’à avaler une pilule depuis son domicile.

. L’Atelier : À l’aube de sa commercialisation, la télémédication dévoile ses failles
Les soins gérés à distance par une puce électronique sont en passe de devenir réalité. Cette technologie soulève cependant l’inquiétude de scientifiques qui craignent un piratage des données.

. Nouvo.ch : Le virtuel soigne vos angoisses (vidéo)
Comment les univers virtuels servent-ils à soigner nos phobies ?

. ReadWriteWeb France : Nouveaux usages du mobile en médecine dans les pays émergents
Il y a 2,2 milliards de téléphones mobiles dans les pays en voie de développement, pour 305 millions d’ordinateurs et seulement 11 millions de lits d’hôpital disponibles, et donc autant de raisons d’utiliser leurs mobiles pour aider à y soigner les gens.

. L’Atelier : Le PDA se transforme en base de données médicales
Afin de faciliter la gestion de ces informations, le MIT a développé un outil de suivi depuis un organiseur. Celui-ci réduit le nombre d’erreurs et permet une analyse plus rapide des données.

. L’Atelier.fr : Capteurs biométriques : coeur et cerveau pour protéger notre identité
Le système de sécurité sur lequel travaille Humabio utilise des capteurs qui fournissent des données en provenance du cerveau et du coeur du client. Le but : moins de contraintes pour une meilleure sécurité.

Marketing
. L’Atelier : Publicité ciblée : les internautes sont encore méfiants
Les utilisateurs du web se montrent encore préoccupés par la collecte de leurs données personnelles en ligne. Un problème pour les annonceurs qui veulent cibler leurs consommateurs.

. Dream Orange : Blyk propose des services mobiles gratuitement
Blyk est un jeune MVNO britannique financé par la publicité qui vient d’atteindre 200 000 abonnés, un an après sa mise en service. Les abonnés ont obligatoirement entre 16 et 24 ans lorsqu’ils souscrivent l’offre et reçoivent des messages publicitaires selon leurs profils et centres d’intérêts en échange de 217 SMS gratuits et 43 minutes de communication vers n’importe quel réseau britannique. http://www.blyk.com

Politique
. LeMonde.fr : A Washington, l’avènement de la “clicocratie”
Yves Eudes revient sur Organizing America - http://www.barackobama.com -, l’appareil numérique de campagne de Barack Obama qui s’est récemment transformé en entité permanente avec pour but de rendre l’administration Obama plus transparente. La force du système repose toujours sur la base de données des électeurs et des militants mise en place par la société Blue State Digital - http://www.bluestatedigital.com - fondée par Joe Rospars qui a pour but d’impliquer les militants en les faisant se rencontrer par affinités. A Washington, la clicocratie est-elle en passe de remplacer la technocratie ?

Innovation
. Dream Orange : Prêt-à-porter technologique
Les tissus intelligents promettent de renouveler l’univers du prêt-à-porter : vêtements lumineux ou caméléons, le prêt à porter technologique évolue avec votre humeur, de votre environnement (sonore, météo ou de votre localisation). Des vêtements communiquants qui permettent de faire des câlins distants ou de prendre un appel téléphonique en toute discrétion… Belle revue de projets.

. TechCrunch.com : Tagguer le monde réel avec Sekaï Camera (angl.)
L’application iphone Sekai Camera de la société japonaise Tonchidot - sélectionné à TechCrunch50 - est encore au stade de prototype, mais est néanmoins fonctionnelle. Elle permet de tagger l’information depuis la caméra de son iPhone et d’accéder à ce que d’autres ont taggé, au même endroit. Quand le tag devient social et réel.

Mobilité
. Dream Orange : Ride.Link, un réseau social de covoiturage durable
Le laboratoire de l’expérience mobile du MIT a développé une plateforme sociale de covoiturage enrichie d’un média portable (un bracelet) pour prévenir la conduite en état d’ivresse. Vous soufflez dans votre bracelet équipé d’un capteur d’alcoolémie et si vous avez trop bu, la montre alerte un conducteur pour venir vous chercher. Ride Lik : http://www.ridelink.ws

Gadget
. Culture Mobile : ces USB qui n’ont pas de mémoire
Tout ce que peuvent faire les clés USB à part stocker des données…

. Technology Review : 3-D Webcam (angl.)
Une webcam avec deux yeux pour créer des tchats en 3D.

. Squidder.com : PaperTweet3d, des tee-shirts en réalité augmenté (angl.)
Imprimer sur un tee-shirt un code 2D contenant votre identifiant Twitter et permettant à quiconque vous regarde par l’intermédiaire de l’oeil de la caméra de son téléphone d’accéder directement à votre dernier gazouillis. Telle est la belle idée mise en prototype et en image par l’équipe de Squidder.

Tags : moteurs de recherche, net, numérique

Articles relatifs

Le jan 31

Lit-on de la même manière sur un support de papier et sur un support électronique ? Le débat commence à être ancien : on pourrait le faire remonter aux critiques de Socrate à l’encontre de l’écriture à une époque où la transmission du savoir se faisait uniquement de manière orale. Elle se pose également en terme de conflit depuis la naissance de l’hypertexte, comme l’évoquait Christian Vandendorpe dans Du Papyrus à l’hypertexte. Un peu comme si deux mondes s’affrontaient : les anciens et les modernes. Ceux pour qui le papier est un support indépassable et ceux pour qui le changement, la bascule de nos connaissances vers l’électronique, à terme, est inévitable.

Pas sûr que ce dossier parvienne à réconcilier les tenants de chacune des positions, qui, malgré de nombreuses nuances, semblent profondément séparer les raisonnements. A tout le moins, espérons que ce dossier permettra de résoudre quelques questions: La lecture sur nos ordinateurs a-t-elle les mêmes qualités que nos lectures sur papier ? Notre attention, notre concentration, notre mémorisation sont-elles transformées par le changement de support ? Sommes-nous aussi attentifs quand nous lisons sur écran que quand nous lisions sur du papier ? Les contenus s’adaptant au support, est-ce que le média, par ses caractéristiques propres, altère notre rapport à la connaissance ?

“Est-ce que Google nous rend stupide ?”

“A chaque fois qu’apparaît un nouveau média, une nouvelle façon de distribuer le savoir et l’information, il se trouve quelqu’un pour crier à l’abêtissement des masses”, attaque Luc Debraine dans Le Temps. Cet été, c’est le toujours critique Nicolas Carr qui a crié au loup. Selon lui, l’internet dénature notre capacité de concentration, expliquait-il dans “Est-ce que Google nous rend stupide ?”, en évoquant le fait qu’il n’arrivait plus à lire plusieurs pages d’un livre avec toute son attention (voire la traduction de cet article réalisée par Penguin, Olivier et Don Rico pour Framablog “Est-ce que Google nous rend idiot ?” et que nous avons publié la semaine dernière).

“Ces dernières années, j’ai eu la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Mon esprit ne disparaît pas, je n’irai pas jusque là, mais il est en train de changer. Je ne pense plus de la même façon qu’avant. C’est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. Mon esprit était happé par la narration ou par la construction de l’argumentation, et je passais des heures à me laisser porter par de longs morceaux de prose. Ce n’est plus que rarement le cas. Désormais, ma concentration commence à s’effilocher au bout de deux ou trois pages. Je m’agite, je perds le fil, je cherche autre chose à faire. J’ai l’impression d’être toujours en train de forcer mon cerveau rétif à revenir au texte. La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une épreuve.

(…) Comme le théoricien des média Marshall McLuhan le faisait remarquer dans les années 60, les média ne sont pas uniquement un canal passif d’information. Ils fournissent les bases de la réflexion, mais ils modèlent également le processus de la pensée. Et il semble que le Net érode ma capacité de concentration et de réflexion. Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Auparavant, j’étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski.”

Bien évidemment cet article a déclenché un tombereau de réactions, dont les plus intéressantes ont été recensées par le magazine The Edge et le blog de l’encyclopédie Britannica. La plupart des commentateurs de Carr semblent d’accord sur un point : l’électronique transforme la manière dont on lit, mais est-ce nécessairement dans le mauvais sens ?

Nos références culturelles changent

Pour l’inventeur Daniel Hillis, ce n’est pas Google qui nous rend stupide : “le flot qui nous noie est, bien sûr, le flux d’information, une métaphore si courrante que nous avons cessé de l’interroger. (…) Cette métaphore est-elle une conséquence de l’avancée des technologies de la communication ? La marque de la puissance des médias ? Est-elle générée par notre faiblesse à recevoir l’information ? Toutes ces tendances sont réelles, mais je crois qu’elles n’en sont pas la cause. Elles sont les symptômes de situations difficiles. La rapidité de la communication, la puissance des médias et la superficialité de nos écrémages sont toutes les produits de notre insatiable besoin d’information. Nous ne voulons pas seulement plus, nous avons besoin de plus.” Selon lui, si nous avons besoin de plus d’information, c’est parce que la technologie a détruit l’isolement dans lequel nous affrontions le monde, mais aussi parce que ce monde est devenu plus compliqué et que les ressources pour le décrire ont explosé. “Nous avons besoin d’en savoir plus parce que nous avons à prendre plus de décisions : nous devons choisir notre propre religion, notre propre service de communication, notre propre service de santé.” Nous avons besoin d’en savoir plus pour être mieux connecté à notre environnement et mieux le comprendre. Notre monde nous demande d’être plus intelligent même si pour cela, il faut sacrifier la “profondeur” de notre connaissance - pour autant que livre donne plus de profondeur à la connaissance que le web, ce que beaucoup avancent mais que nul ne prouve.

Un croisement entre le papier et l'ordinateur imaginé par le designer Kyle Bean http://www.kylebean.co.uk
Image : Le futur du livre, par Kyle Bean.

Pour l’historien George Dyson, la question se résume à savoir quel est le coût des machines qui pensent si les gens ne le font plus. Selon lui, nous sommes face à un risque : nous perdons peut-être des moyens de penser, mais nous les remplaçons par quelque chose de neuf. Il est plus inquiet par le fait que nous ne sachions plus aiguiser un couteau de chasse ou construire un carburateur que par le fait que nous sachions plus lire de livres. “L’iPod et les MP3 ont enteriné le déclin des albums et la montée des Playlists, mais au final plus de gens écoutent plus de musique, et ça c’est bien.” Le nombre de livres lus en moyenne diminue si l’on en croit les enquêtes sur les pratiques culturelles, mais force est de constater que l’écriture et la lecture sont toujours plus présentes dans nos vies. Si la culture livresque recule, notre capacité de lecture et d’écriture explose à mesure que nous utilisons toujours un peu plus les outils informatiques. Notre univers quotidien ne cesse de se peupler de lectures, toujours plus multiples et variées : celles de nos mails, de nos blogs, de nos twitts, de nos jeux… qui s’ajoutent ou remplacent celles de nos livres, nos journaux ou nos courriers.

Le web : un nouveau rapport à la culture

Pour le consultant Clay Shirky, auteur d’un livre sur la puissance de l’autoorganisation, l’anxiété de Carr ne traduit pas l’évolution de la pensée ou de la lecture, mais marque l’horizon d’un changement de culture. Si nous lisons plus qu’avant, comme le dit d’ailleurs Nicholas Carr, ce n’est plus de la même façon. Après avoir perdu sa centralité, le monde littéraire perd maintenant sa mainmise sur la culture. “La crainte n’est pas de voir que les gens vont arrêter de lire Guerre et Paix (…). Mais qu’ils vont arrêter de faire une génuflexion à l’idée de lire Guerre et Paix.

Daniel Hillis rappelle qu’il aime les livres, mais que ce respect est plus pour les idées que pour le format. Selon lui, Shirky a raison de dénoncer le culte de la littérature. Depuis longtemps, les livres sont les premiers vecteurs des idées, tant et si bien que nous les avons associés aux idées qu’ils contiennent. Leur nostalgie vient de ce que nous avons pris l’habitude de les considérer comme le meilleur véhicule de la pensée ou des histoires. Mais est-ce encore exact ? Certains films nous bouleversent plus que certains livres et certains documentaires savent nous apprendre et nous faire réfléchir autant que certains livres :

“J’ai aimé Guerre et Paix, mais la série télévisée The Wire m’a apporté plus encore. Et pourquoi cela devrait-il être surprenant ? Plus nous mettons d’effort dans une série télévisée plutôt que dans un roman, et plus nous passons de temps à le consommer. Si les deux sont réalisés au plus haut niveau, avec un soin, des compétences et une perspicacité équivalente, nous pourrions alors en attendre un peu moins des livres. (…) Même si la littérature perd sa primauté dans la façon dont nous nous racontons des histoires, nous devons nous rappeler que le livre reste le meilleur moyen pour véhiculer une idée complexe. Mais est-ce pour autant que le format d’un livre est adapté à la façon dont on pense ? J’en doute. Il est parfois exact que la longueur et la quiétude d’un livre est parfaitement adaptée à certaines argumentations, mais quand cela arrive, ce n’est qu’une heureuse coïncidence. (…) La lecture est un acte non-naturel, un truc que nous avons appris pour faire passer nos idées dans le temps et l’espace.

Les chercheurs de connaissances gravitent naturellement vers les sources les plus riches et les plus utiles. Ils gravitent donc de plus en plus loin des livres. (…)

Je pense, comme Georges Dyson, que les livres de connaissances sont des veilleries qui seront bientôt relégués dans la profondeur obscure des monastères et des moteurs de recherche. Cela me rend un peu triste et nostalgique, mais ma tristesse est tempéree par l’assurance que ce n’est pas le dernier ni le premier changement de format dans la manière dont nous accumulons notre sagesse.”

Le choc des cultures

Plus qu’un changement de support, le passage du papier à l’électronique marque un changement de culture. Nous passons de la culture de l’imprimé à la culture du web et de l’hypertexte, et ce changement à de nombreuses implications concrètes jusque dans la forme de nos écrits et dans la manière dont nous construisons nos raisonnements. Internet modifie nos références culturelles, comme le soulignait Frank Beau dans Cultures d’Univers en signalant combien l’univers du jeu devenait la source d’une nouvelles culture. Mais plus encore, l’internet modifie les racines où puise notre culture, sans que cela ne signifie nécessairement que l’une est meilleure que l’autre.

Ce glissement culturel se fait dans la douleur. Mais les signes sont clairs : partout le numérique remplace le matériel. La page web est en train de remplacer la page de papier. On peut le regretter, le déplorer, mais force est de constater que les deux cultures ont tendance à s’opposer toujours plus avant. D’un côté, on déplore la “vicariance” des écrans, comme dans LeTube, le reportage réalisé en 2001 par le réalisateur Peter Entell qui s’intéressait aux effets des écrans et notamment comment ceux-ci déclenchent constamment dans notre cerveau un réflexe d’orientation provocant un état quasi hypnotique qui fait que l’écran nous aborbe et court-circuite en partie notre raison. D’un côté, on présente volontiers les adeptes des écrans comme les victimes consentantes d’une manipulation médiatique (voire neurologique). De l’autre, on finit par déprécier l’écrit-papier comme le symbole de la culture des générations finissantes. En effet, en réaction à la façon dont on nie toute valeur à cette culture naissante, on déprécit la culture de l’écrit, symbole de la culture transmise. Chez les adolescents, rappelle la sociologue Dominique Pasquier, spécialiste de la culture et des médias, les produits de la culture légitime ne permettent plus de se classer par rapport à ses pairs. Tant et si bien que tout ce qui est associé à la culture scolaire, à commencer par le livre, subit une forte dépréciation chez les adolescents qui lui préfèrent la culture des masses médias et celle transmise par les technologies de l’information et de la communication.

“Nous sommes ce que nous lisons”, rappelait avec intelligence Alberto Manguel dans sa remarquable Histoire de la lecture. Il est certain que si nous ne lisons plus les mêmes textes, plus avec les mêmes outils et plus dans les mêmes conditions, nous ne serons peut-être plus les mêmes hommes. Mais n’est-ce pas un peu le cas à chaque génération - qui se définit par le contexte qui les façonne mais aussi par leurs référents culturels et les technologies avec lesquels ils consomment les contenus culturels qui sont les leurs, comme l’expliquent les études générationnelles de Bernard Préel (.pdf) ?

Hubert Guillaud

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Le jan 24

En introduction à un dossier à paraître sur le papier contre l’électronique, il nous a semblé important de vous proposer à la lecture Is Google Making Us Stupid ?, l’article de Nicolas Carr, publié en juin 2008 dans la revue The Atlantic, et dont la traduction, réalisée par Penguin, Olivier et Don Rico, a été postée sur le FramaBlog en décembre. Dans cet article, Nicolas Carr (blog), l’auteur de Big Switch et de Does IT matter ?, que l’on qualifie de Cassandre des nouvelles technologies, parce qu’il a souvent contribué à un discours critique sur leur impact, part d’un constat personnel sur l’impact qu’à l’internet sur sa capacité de concentration pour nous inviter à réfléchir à l’influence des technologies sur notre manière de penser et de percevoir le monde. Rien de moins.

La couverture d'Atlantic de juillet-août 2008“Dave, arrête. Arrête, s’il te plaît. Arrête Dave. Vas-tu t’arrêter, Dave ?” Ainsi le super-ordinateur HAL suppliait l’implacable astronaute Dave Bowman dans une scène célèbre et singulièrement poignante à la fin du film de Stanley Kubrick 2001, l’odyssée de l’espace. Bowman, qui avait failli être envoyé à la mort, au fin fond de l’espace, par la machine détraquée, est en train de déconnecter calmement et froidement les circuits mémoires qui contrôlent son “cerveau” électronique. “Dave, mon esprit est en train de disparaître”, dit HAL, désespérément. “Je le sens. Je le sens.”

Moi aussi, je le sens. Ces dernières années, j’ai eu la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Mon esprit ne disparaît pas, je n’irai pas jusque là, mais il est en train de changer. Je ne pense plus de la même façon qu’avant. C’est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. Mon esprit était happé par la narration ou par la construction de l’argumentation, et je passais des heures à me laisser porter par de longs morceaux de prose. Ce n’est plus que rarement le cas. Désormais, ma concentration commence à s’effilocher au bout de deux ou trois pages. Je m’agite, je perds le fil, je cherche autre chose à faire. J’ai l’impression d’être toujours en train de forcer mon cerveau rétif à revenir au texte. La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une lutte.

Je crois savoir ce qui se passe. Cela fait maintenant plus de dix ans que je passe énormément de temps sur la toile, à faire des recherches, à surfer et même parfois à apporter ma pierre aux immenses bases de données d’Internet. En tant qu’écrivain, j’ai reçu le Web comme une bénédiction. Les recherches, autrefois synonymes de journées entières au milieu des livres et magazines des bibliothèques, s’effectuent désormais en un instant. Quelques recherches sur Google, quelques clics de lien en lien et j’obtiens le fait révélateur ou la citation piquante que j’espérais. Même lorsque je ne travaille pas, il y a de grandes chances que je sois en pleine exploration du dédale rempli d’informations qu’est le Web ou en train de lire ou d’écrire des e-mails, de parcourir les titres de l’actualité et les derniers billets de mes blogs favoris, de regarder des vidéos et d’écouter des podcasts ou simplement de vagabonder d’un lien à un autre, puis à un autre encore. (À la différence des notes de bas de page, auxquelles on les apparente parfois, les liens hypertextes ne se contentent pas de faire référence à d’autres ouvrages ; ils vous attirent inexorablement vers ces nouveaux contenus.)

Pour moi, comme pour d’autres, le Net est devenu un media universel, le tuyau d’où provient la plupart des informations qui passent par mes yeux et mes oreilles. Les avantages sont nombreux d’avoir un accès immédiat à un magasin d’information d’une telle richesse, et ces avantages ont été largement décrits et applaudis comme il se doit. “Le souvenir parfait de la mémoire du silicium”, a écrit Clive Thompson de Wired, “peut être une fantastique aubaine pour la réflexion.” Mais cette aubaine a un prix. Comme le théoricien des média Marshall McLuhan le faisait remarquer dans les années 60, les média ne sont pas uniquement un canal passif d’information. Ils fournissent les bases de la réflexion, mais ils modèlent également le processus de la pensée. Et il semble que le Net érode ma capacité de concentration et de réflexion. Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Auparavant, j’étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski.

Je ne suis pas le seul. Lorsque j’évoque mes problèmes de lecture avec des amis et des connaissances, amateurs de littérature pour la plupart, ils me disent vivre la même expérience. Plus ils utilisent le Web, plus ils doivent se battre pour rester concentrés sur de longues pages d’écriture. Certains des bloggeurs que je lis ont également commencé à mentionner ce phénomène. Scott Karp, qui tient un blog sur les média en ligne, a récemment confessé qu’il avait complètement arrêté de lire des livres. “J’étais spécialisé en littérature à l’université et je passais mon temps à lire des livres”, écrit-il. “Que s’est-il passé ?” Il essaie de deviner la réponse : “Peut-être que je ne lis plus que sur Internet, non pas parce que ma façon de lire a changé (c’est à dire parce que je rechercherais la facilité), mais plutôt parce que ma façon de PENSER a changé ?”

Bruce Friedman, qui bloggue régulièrement sur l’utilisation des ordinateurs en médecine, décrit également la façon dont Internet a transformé ses habitudes intellectuelles. “J’ai désormais perdu presque totalement la capacité de lire et d’absorber un long article, qu’il soit sur le Web ou imprimé”, écrivait-il plus tôt cette année. Friedman, un pathologiste qui a longtemps été professeur l’école à de médecine du Michigan, a développé son commentaire lors d’une conversation téléphonique avec moi. Ses pensées, dit-il, ont acquis un style “staccato”, à l’image de la façon dont il scanne rapidement de petits passages de texte provenant de multiples sources en ligne. “Je ne peux plus lire Guerre et Paix, admet-il. “J’ai perdu la capacité de le faire. Même un billet de blog de plus de trois ou quatre paragraphes est trop long pour que je l’absorbe. Je l’effleure à peine.”

Les anecdotes par elles-mêmes ne prouvent pas grand chose. Et nous attendons encore des expériences neurologiques et psychologiques sur le long terme, qui nous fourniraient une image définitive sur la façon dont Internet affecte nos capacités cognitives. Mais une étude publiée récemment (.pdf) sur les habitudes de recherches en ligne, conduite par des spécialistes de l’université de Londres, suggère que nous assistons peut-être à de profonds changements de notre façon de lire et de penser. Dans le cadre de ce programme de recherche de cinq ans, ils ont examiné des traces informatiques renseignant sur le comportement des visiteurs de deux sites populaires de recherche, l’un exploité par la bibliothèque britannique et l’autre par un consortium éducatif anglais, qui fournissent un accès à des articles de journaux, des livres électroniques et d’autres sources d’informations écrites. Ils ont découvert que les personnes utilisant ces sites présentaient “une forme d’activité d’écrémage”, sautant d’une source à une autre et revenant rarement à une source qu’ils avaient déjà visitée. En règle générale, ils ne lisent pas plus d’une ou deux pages d’un article ou d’un livre avant de “bondir” vers un autre site. Parfois, ils sauvegardent un article long, mais il n’y a aucune preuve qu’ils y reviendront jamais et le liront réellement. Les auteurs de l’étude rapportent ceci :

“Il est évident que les utilisateurs ne lisent pas en ligne dans le sens traditionnel. En effet, des signes montrent que de nouvelles formes de “lecture” apparaissent lorsque les utilisateurs “super-naviguent” horizontalement de par les titres, les contenus des pages et les résumés pour parvenir à des résultats rapides. Il semblerait presque qu’ils vont en ligne pour éviter de lire de manière traditionnelle.”

Grâce à l’omniprésence du texte sur Internet, sans même parler de la popularité des textos sur les téléphones portables, nous lisons peut-être davantage aujourd’hui que dans les années 70 ou 80, lorsque la télévision était le média de choix. Mais il s’agit d’une façon différente de lire, qui cache une façon différente de penser, peut-être même un nouveau sens de l’identité. “Nous ne sommes pas seulement ce que nous lisons”, dit Maryanne Wolf, psychologue du développement à l’université Tufts et l’auteur de Proust et le Calamar : l’histoire et la science du cerveau qui lit. “Nous sommes définis par notre façon de lire.” Wolf s’inquiète que le style de lecture promu par le Net, un style qui place “l’efficacité” et “l’immédiateté” au-dessus de tout, puisse fragiliser notre capacité pour le style de lecture profonde qui a émergé avec une technologie plus ancienne, l’imprimerie, qui a permis de rendre banals les ouvrages longs et complexes. Lorsque nous lisons en ligne, dit-elle, nous avons tendance à devenir de “simples décodeurs de l’information”. Notre capacité à interpréter le texte, à réaliser les riches connexions mentales qui se produisent lorsque nous lisons profondément et sans distraction, reste largement inutilisée.

La lecture, explique Wolf, n’est pas une capacité instinctive de l’être humain. Elle n’est pas inscrite dans nos gènes de la même façon que le langage. Nous devons apprendre à nos esprits comment traduire les caractères symboliques que nous voyons dans un langage que nous comprenons. Et le médium ou toute autre technologie que nous utilisons pour apprendre et exercer la lecture joue un rôle important dans la façon dont les circuits neuronaux sont modelés dans nos cerveaux. Les expériences montrent que les lecteurs d’idéogrammes, comme les chinois, développent un circuit mental pour lire très différent des circuits trouvés parmi ceux qui utilisent un langage écrit employant un alphabet. Les variations s’étendent à travers de nombreuses régions du cerveau, incluant celles qui gouvernent des fonctions cognitives essentielles comme la mémoire et l’interprétation des stimuli visuels et auditifs. De la même façon, nous pouvons nous attendre à ce que les circuits tissés par notre utilisation du Net seront différents de ceux tissés par notre lecture des livres et d’autres ouvrages imprimés.

En 1882, Friedrich Nietzsche acheta une machine à écrire, une “Malling-Hansen Writing Ball” pour être précis. Sa vue était en train de baisser, et rester concentré longtemps sur une page était devenu exténuant et douloureux, source de maux de têtes fréquents et douloureux. Il fut forcé de moins écrire, et il eut peur de bientôt devoir abandonner. La machine à écrire l’a sauvé, au moins pour un temps. Une fois qu’il eut maîtrisé la frappe, il fut capable d’écrire les yeux fermés, utilisant uniquement le bout de ses doigts. Les mots pouvaient de nouveau couler de son esprit à la page.

Mais la machine eut un effet plus subtil sur son travail. Un des amis de Nietzsche, un compositeur, remarqua un changement dans son style d’écriture. Sa prose, déjà laconique, devint encore plus concise, plus télégraphique. “Peut-être que, grâce à ce nouvel instrument, tu vas même obtenir un nouveau langage”, lui écrivit cet ami dans une lettre, notant que dans son propre travail ses “pensées sur la musique et le langage dépendaient souvent de la qualité de son stylo et du papier”.
“Tu as raison”, répondit Nietzsche , “nos outils d’écriture participent à l’éclosion de nos pensées”. Sous l’emprise de la machine, écrit le spécialiste allemand des médias Friedrich A. Kittler, la prose de Nietzsche “est passée des arguments aux aphorismes, des pensées aux jeux de mots, de la rhétorique au style télégraphique”.

Le cerveau est malléable presque à l’infini. On a longtemps cru que notre réseau mental, les connexions denses qui se forment parmi nos cent milliards et quelques de neurones, sont largement établis au moment où nous atteignons l’âge adulte. Mais des chercheurs du cerveau ont découvert que ce n’était pas le cas. James Olds, professeur de neurosciences qui dirige l’institut Krasnow pour l’étude avancée à l’université George Mason, dit que même l’esprit adulte “est très plastique”. Les cellules nerveuses rompent régulièrement leurs anciennes connexions et en créent de nouvelles. “Le cerveau”, selon Olds, “a la capacité de se reprogrammer lui-même à la volée, modifiant la façon dont il fonctionne.”

Lorsque nous utilisons ce que le sociologue Daniel Bell appelle nos “technologies intellectuelles”, les outils qui étendent nos capacités mentales plutôt que physiques, nous empruntons inéluctablement les qualités de ces technologies. L’horloge mécanique, qui est devenu d’utilisation fréquente au 14e siècle, fournit un exemple frappant. Dans Technique et Civilisation, l’historien et critique culturel Lewis Mumford décrit comment l’horloge “a dissocié le temps des évènements humains et a contribué à créer la croyance en un monde indépendant constitué de séquences mathématiquement mesurables”. La “structure abstraite du découpage du temps” est devenue “le point de référence à la fois pour l’action et les pensées”.

Le tic-tac systématique de l’horloge a contribué à créer l’esprit scientifique et l’homme scientifique. Mais il nous a également retiré quelque chose. Comme feu l’informaticien du MIT Joseph Weizenbaum l’a observé dans son livre de 1976, Le pouvoir de l’ordinateur et la raison humaine : du jugement au calcul, la conception du monde qui a émergé de l’utilisation massive d’instruments de chronométrage “reste une version appauvrie de l’ancien monde, car il repose sur le rejet de ces expériences directes qui formaient la base de l’ancienne réalité, et la constituaient de fait.” En décidant du moment auquel il faut manger, travailler, dormir et se lever, nous avons arrêté d’écouter nos sens et commencé à nous soumettre aux ordres de l’horloge.

Le processus d’adaptation aux nouvelles technologies intellectuelles est reflété dans les métaphores changeantes que nous utilisons pour nous expliquer à nous-mêmes. Quand l’horloge mécanique est arrivée, les gens ont commencé à penser que leur cerveau opérait “comme une horloge”. Aujourd’hui, à l’ère du logiciel, nous pensons qu’il fonctionne “comme un ordinateur”. Mais les changements, selon la neuroscience, dépassent la simple métaphore. Grâce à la plasticité de notre cerveau, l’adaptation se produit également au niveau biologique.

Internet promet d’avoir des effets particulièrement profonds sur la cognition. Dans un article publié en 1936 (.pdf), le mathématicien anglais Alan Turing a prouvé que l’ordinateur numérique, qui à l’époque n’existait que sous la forme d’une machine théorique, pouvait être programmé pour réaliser les fonctions de n’importe quel autre appareil traitant l’information. Et c’est ce à quoi nous assistons de nos jours. Internet, un système informatique d’une puissance inouïe, inclut la plupart de nos autres technologies intellectuelles. Il devient notre plan et notre horloge, notre imprimerie et notre machine à écrire, notre calculatrice et notre téléphone, notre radio et notre télévision.

Quand le Net absorbe un médium, ce médium est recréé à l’image du Net. Il injecte dans le contenu du médium des liens hypertextes, des pubs clignotantes et autres bidules numériques, et il entoure ce contenu avec le contenu de tous les autres média qu’il a absorbés. Un nouveau message e-mail, par exemple, peut annoncer son arrivée pendant que nous jetons un coup d’œil aux derniers titres sur le site d’un journal. Résultat : notre attention est dispersée et notre concentration devient diffuse.

L’influence du Net ne se limite pas aux bords de l’écran de l’ordinateur non plus. En même temps que l’esprit des gens devient sensible au patchwork disparate du médium Internet, les média traditionnels ont dû s’adapter aux nouvelles attentes de leur public. Les programmes de télévision ajoutent des textes défilants et des pubs qui surgissent, tandis que les magazines et les journaux réduisent la taille de leurs articles, ajoutent des résumés, et parsèment leurs pages de fragments d’information faciles à parcourir. Lorsque, au mois de mars de cette année, le New York Times a décidé de consacrer la deuxième et la troisième page de toutes ses éditions à des résumés d’articles, son directeur artistique, Tom Badkin, explique que les “raccourcis” donneront aux lecteurs pressés un “avant-goût” des nouvelles du jour, leur évitant la méthode “moins efficace” de tourner réellement les pages et de lire les articles. Les anciens média n’ont pas d’autre choix que de jouer suivant les règles du nouveau médium.

Jamais système de communication n’a joué autant de rôles différents dans nos vies, ou exercé une si grande influence sur nos pensées, que ne le fait Internet de nos jours. Pourtant, malgré tout ce qui a été écrit à propos du Net, on a très peu abordé la façon dont, exactement, il nous reprogramme. L’éthique intellectuelle du Net reste obscure.

À peu près au moment où Nietzsche commençait à utiliser sa machine à écrire, un jeune homme sérieux du nom de Frederick Winslow Taylor apporta un chronomètre dans l’aciérie Midvale de Philadelphie et entama une série d’expériences historique dont le but était d’améliorer l’efficacité des machinistes de l’usine. Avec l’accord des propriétaires de Midvale, il embaucha un groupe d’ouvriers, les fit travailler sur différentes machines de métallurgie, enregistra et chronométra chacun de leurs mouvements ainsi que les opérations des machines. En découpant chaque travail en une séquence de petites étapes unitaires et en testant les différentes façons de réaliser chacune d’entre elles, Taylor créa un ensemble d’instructions précises, un “algorithme”, pourrions dire de nos jours, décrivant comment chaque ouvrier devait travailler. Les employés de Midvale se plaignirent de ce nouveau régime strict, affirmant que cela faisait d’eux quelque chose d’à peine mieux que des automates, mais la productivité de l’usine monta en flèche.

Plus de cent ans après l’invention de la machine à vapeur, la révolution industrielle avait finalement trouvé sa philosophie et son philosophe. La chorégraphie industrielle stricte de Taylor, son “système” comme il aimait l’appeler, fut adoptée par les fabricants dans tout le pays et, avec le temps, dans le monde entier. À la recherche de la vitesse, de l’efficacité et de la rentabilité maximales, les propriétaires d’usine utilisèrent les études sur le temps et le mouvement pour organiser leur production et configurer le travail de leurs ouvriers. Le but, comme Taylor le définissait dans son célèbre traité de 1911, La direction des ateliers (le titre original The principles of scientific management pourrait être traduit en français par “Les principes de l’organisation scientifique”), était d’identifier et d’adopter, pour chaque poste, la “meilleure méthode” de travail et ainsi réaliser “la substitution graduelle de la science à la méthode empirique dans les arts mécaniques”. Une fois que le système serait appliqué à tous les actes du travail manuel, garantissait Taylor à ses émules, cela amènerait un remodelage, non seulement de l’industrie, mais également de la société, créant une efficacité parfaite utopique. “Dans le passé, l’homme était la priorité”, déclare-t-il, “dans le futur, la priorité, ce sera le système”.

Le système de Taylor, le taylorisme, est encore bien vivant ; il demeure l’éthique de la production industrielle. Et désormais, grâce au pouvoir grandissant que les ingénieurs informaticiens et les programmeurs de logiciel exercent sur nos vies intellectuelles, l’éthique de Taylor commence également à gouverner le royaume de l’esprit. Internet est une machine conçue pour la collecte automatique et efficace, la transmission et la manipulation des informations, et des légions de programmeurs veulent trouver “LA meilleure méthode”, l’algorithme parfait, pour exécuter chaque geste mental de ce que nous pourrions décrire comme “le travail de la connaissance”.

Le siège de Google, à Mountain View, en Californie, le Googleplex, est la Haute Église d’Internet, et la religion pratiquée en ses murs est le taylorisme. Google, selon son directeur-général Eric Schmidt, est “une entreprise fondée autour de la science de la mesure” et il s’efforce de “tout systématiser” dans son fonctionnement. En s’appuyant sur les téra-octets de données comportementales qu’il collecte à travers son moteur de recherche et ses autres sites, il réalise des milliers d’expériences chaque jour, selon le Harvard Business Review, et il utilise les résultats pour peaufiner les algorithmes qui contrôlent de plus en plus la façon dont les gens trouvent l’information et en extraient le sens. Ce que Taylor a fait pour le travail manuel, Google le fait pour le travail de l’esprit.

Google a déclaré que sa mission était “d’organiser les informations du monde et de les rendre universellement accessibles et utiles”. Cette société essaie de développer “le moteur de recherche parfait”, qu’elle définit comme un outil qui “comprendrait exactement ce que vous voulez dire et vous donnerait en retour exactement ce que vous désirez”. Selon la vision de Google, l’information est un produit comme un autre, une ressource utilitaire qui peut être exploitée et traitée avec une efficacité industrielle. Plus le nombre de morceaux d’information auxquels nous pouvons “accéder” est important, plus rapidement nous pouvons en extraire l’essence, et plus nous sommes productifs en tant que penseurs.

Où cela s’arrêtera-t-il ? Sergey Brin et Larry Page, les brillants jeunes gens qui ont fondé Google pendant leur doctorat en informatique à Stanford, parlent fréquemment de leur désir de transformer leur moteur de recherche en une intelligence artificielle, une machine comme HAL, qui pourrait être connectée directement à nos cerveaux. “Le moteur de recherche ultime est quelque chose d’aussi intelligent que les êtres humains, voire davantage”, a déclaré Page lors d’une conférence il y a quelques années. “Pour nous, travailler sur les recherches est un moyen de travailler sur l’intelligence artificielle.” Dans un entretien de 2004 pour Newsweek, Brin affirmait : “Il est certain que si vous aviez toutes les informations du monde directement fixées à votre cerveau ou une intelligence artificielle qui serait plus intelligente que votre cerveau, vous vous en porteriez mieux.” L’année dernière, Page a dit lors d’une convention de scientifiques que Google “essayait vraiment de construire une intelligence artificielle et de le faire à grande échelle.”

Une telle ambition est naturelle, et même admirable, pour deux mathématiciens prodiges disposant d’immenses moyens financiers et d’une petite armée d’informaticiens sous leurs ordres. Google est une entreprise fondamentalement scientifique, motivée par le désir d’utiliser la technologie, comme l’exprime Eric Schmidt, “pour résoudre les problèmes qui n’ont jamais été résolus auparavant”, et le frein principal à la réussite d’une telle entreprise reste l’intelligence artificielle. Pourquoi Brin et Page ne voudraient-ils pas être ceux qui vont parvenir à surmonter cette difficulté ?

Pourtant, leur hypothèse simpliste voulant que nous nous “porterions mieux” si nos cerveaux étaient assistés ou même remplacés par une intelligence artificielle, est inquiétante. Cela suggère que d’après eux l’intelligence résulte d’un processus mécanique, d’une suite d’étapes discrètes qui peuvent être isolés, mesurés et optimisés. Dans le monde de Google, le monde dans lequel nous entrons lorsque nous allons en ligne, il y a peu de place pour le flou de la réflexion. L’ambiguïté n’est pas un préliminaire à la réflexion mais un bogue à corriger. Le cerveau humain n’est qu’un ordinateur dépassé qui a besoin d’un processeur plus rapide et d’un plus gros disque dur.

L’idée que nos esprits doivent fonctionner comme des machines traitant des données à haute vitesse n’est pas seulement inscrite dans les rouages d’Internet, c’est également le business-model qui domine le réseau. Plus vous surfez rapidement sur le Web, plus vous cliquez sur des liens et visitez de pages, plus Google et les autres compagnies ont d’occasions de recueillir des informations sur vous et de vous nourrir avec de la publicité. La plupart des propriétaires de sites commerciaux ont un enjeu financier à collecter les miettes de données que nous laissons derrière nous lorsque nous voletons de lien en lien : plus y a de miettes, mieux c’est. Une lecture tranquille ou une réflexion lente et concentrée sont bien les dernières choses que ces compagnies désirent. C’est dans leur intérêt commercial de nous distraire.

Peut-être ne suis-je qu’un angoissé. Tout comme il y a une tendance à glorifier le progrès technologique, il existe la tendance inverse, celle de craindre le pire avec tout nouvel outil ou toute nouvelle machine. Dans le Phèdre de Platon, Socrate déplore le développement de l’écriture. Il avait peur que, comme les gens se reposaient de plus en plus sur les mots écrits comme un substitut à la connaissance qu’ils transportaient d’habitude dans leur tête, ils allaient, selon un des intervenants d’un dialogue, “arrêter de faire travailler leur mémoire et devenir oublieux.” Et puisqu’ils seraient capables de “recevoir une grande quantité d’informations sans instruction appropriée”, ils risquaient de “croire posséder une grande connaissance, alors qu’ils seraient en fait largement ignorants”. Ils seraient “remplis de l’orgueil de la sagesse au lieu de la sagesse réelle”. Socrate n’avait pas tort, les nouvelles technologies ont souvent les effets qu’il redoutait, mais il manquait de vision à long terme. Il ne pouvait pas prévoir les nombreux moyens que l’écriture et la lecture allaient fournir pour diffuser l’information, impulsant des idées fraîches et élargissant la connaissance humaine (voire la sagesse).

L’arrivée de l’imprimerie de Gutenberg, au XVe siècle, déclencha une autre série de grincements de dents. L’humaniste italien Hieronimo Squarciafico s’inquiétait que la facilité à obtenir des livres conduise à la paresse intellectuelle, rende les hommes “moins studieux” et affaiblisse leur esprit. D’autres avançaient que des livres et journaux imprimés à moindre coût allaient saper l’autorité religieuse, rabaisser le travail des érudits et des scribes, et propager la sédition et la débauche. Comme le professeur de l’université de New York, Clay Shirky, le remarque, “la plupart des arguments contre l’imprimerie était corrects et même visionnaires.” Mais, encore une fois, les prophètes de l’apocalypse ne pouvaient imaginer la myriade de bienfaits que le texte imprimé allait amener.

Alors certes, vous pouvez vous montrer sceptique vis-à-vis de mon scepticisme. Ceux qui considèrent les détracteurs d’Internet comme des béotiens technophobes ou passéistes auront peut-être raison, et peut-être que de nos esprits hyperactifs, gavés de données surgira un âge d’or de la découverte intellectuelle et de la sagesse universelle. Là encore, le Net n’est pas l’alphabet, et même s’il remplacera peut-être l’imprimerie, il produira quelque chose de complètement différent. Le type de lecture profonde qu’une suite de pages imprimées stimule est précieux, non seulement pour la connaissance que nous obtenons des mots de l’auteur, mais aussi pour les vibrations intellectuelles que ces mots déclenchent dans nos esprits. Dans les espaces de calme ouverts par la lecture soutenue et sans distraction d’un livre, ou d’ailleurs par n’importe quel autre acte de contemplation, nous faisons nos propres associations, construisons nos propres inférences et analogies, nourrissons nos propres idées. La lecture profonde, comme le défend Maryanne Wolf, est indissociable de la pensée profonde.

Si nous perdons ces endroits calmes ou si nous les remplissons avec du “contenu”, nous allons sacrifier quelque chose d’important non seulement pour nous même, mais également pour notre culture. Dans un essai récent, l’auteur dramatique Richard Foreman décrit de façon éloquente ce qui est en jeu :

“Je suis issu d’une tradition culturelle occidentale, pour laquelle l’idéal (mon idéal) était la structure complexe, dense et “bâtie telle une cathédrale” de la personnalité hautement éduquée et logique, un homme ou une femme qui transporte en soi-même une version unique et construite personnellement de l’héritage tout entier de l’occident. Mais maintenant je vois en nous tous (y compris en moi-même) le remplacement de cette densité interne complexe par une nouvelle sorte d’auto-évolution sous la pression de la surcharge d’information et la technologie de “l’instantanément disponible”.”

À mesure que nous nous vidons de notre “répertoire interne issu de notre héritage dense”, conclut Foreman, nous risquons de nous transformer en “crêpe humaine”, étalée comme un pâte large et fine à mesure que nous nous connectons à ce vaste réseau d’information accessible en pressant simplement sur une touche.”

Cette scène de 2001 : l’odyssée de l’espace me hante. Ce qui la rend si poignante, et si bizarre, c’est la réponse pleine d’émotion de l’ordinateur lors du démontage de son esprit : son désespoir à mesure que ses circuits s’éteignent les uns après les autres, sa supplication enfantine face à l’astronaute, “Je le sens, je le sens. J’ai peur.”, ainsi que sa transformation et son retour final à ce que nous pourrions appeler un état d’innocence. L’épanchement des sentiments de HAL contraste avec l’absence d’émotion qui caractérise les personnages humains dans le film, lesquels s’occupent de leur boulot avec une efficacité robotique. Leurs pensées et leurs actions semblent scénarisées, comme s’ils suivaient les étapes d’un algorithme. Dans le monde de 2001, les hommes sont devenus si semblables aux machines que le personnage le plus humain se trouve être une machine. C’est l’essence de la sombre prophétie de Kubrick : à mesure que nous nous servons des ordinateurs comme intermédiaires de notre compréhension du monde, c’est notre propre intelligence qui devient semblable à l’intelligence artificielle.

Nicolas Carr

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cognition, mémoire

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Le jan 16

Les prénumériques regardent l’heure sur une montre, ils trouvent leur chemin sur une carte pliée en accordéon, ils lisent le journal, ils écrivent au stylo. Ils utilisent les cabines téléphoniques publiques, connaissent l’heure des levées quand ils doivent envoyer un courrier important. Ils écoutent la météo sur leur poste de radio, regardent les infos routières à la télévision. Pour préparer leurs vacances, ils vont dans une agence de voyages et ils prennent les dépliants avec les horaires de trains. Au retour, ils font développer leurs photos et en font des doubles pour leurs proches. Si leur santé les préoccupe, ils ont un Vidal pour se renseigner sur les médicaments, et quand la date d’un film ou son rôle-titre leur échappent, ils sortent le dictionnaire du cinéma. Au travail, quand ils ont besoin de parler à un collègue, ils se lèvent, empruntent le couloir, et passent une tête dans un bureau voisin. Il font la queue pour payer leurs impôts ou leurs amendes, chéquier en main ou espèces en poche. Quand arrive leur relevé de compte bancaire, ils pointent les dépenses du mois, crayon en main, calculette à portée. Ils prêtent des disques à leurs amis, découpent des articles dans les journaux, photocopient les courriers importants. Chaque année, au moment des voeux, ils sortent leur carnet d’adresses et recopient les adresses de leurs destinataires sur les enveloppes. Confrontés à un problème juridique ou technique, ils téléphonent à un ami qui s’y connaît ou, si leur entourage est désarmé, ils s’adressent à une association. Quand ils veulent acheter une voiture neuve ou un ordinateur, ils vont se renseigner chez le concessionnaire, et pour les revendre, ils passent une annonce dans le journal local. Quand ils vont faire leurs courses, ils prennent la liste punaisée sur le panneau de liège ou fixée par un aimant sur le frigo. A côté de leurs livres de cuisine, on trouve d’autres recettes sur quelques feuilles volantes, recopiées ou photocopiées. Ils ont longtemps utilisé la machine à écrire, le fax, parfois le télex et le pneumatique, et ils n’ont, pour certains, pas encore rendu leur Minitel.

Nos parents sont prénumériques, nos grands-parents aussi, nous le sommes également, nos enfants le sont toujours, même si l’on nous dit qu’ils sont digital natives et que les “technologies” ne leur posent pas de problème d’usage. Embarqués dans les civilisations numériques, nous avons le sentiment de vivre des changements inexorables, irréversibles, dont la plupart sont “ordinaires”. Leur énumération peut paraître amusante ou fastidieuse. L’ethnographie des usages émergents nous impose de prendre garde à ces “usages” antérieurs qui ne convoquent pas le numérique, ou pas celui d’aujourd’hui, mais qui sont autre chose que des non-usages. Ils sont aussi autre chose que du passé. Nous retenons mieux ce que nous lisons sur le papier qu’à l’écran, et nous avons un peu peur de la disparition du livre, que nous trouvons fonctionnel et portatif, et que nous aimons bien, parce qu’il a son histoire et qu’il est dans la nôtre. Nous avons bien compris à quoi sert un isoloir et nous n’aimons pas trop qu’on nous parle de vote en ligne. Quand nous avons des problèmes administratifs, nous avons parfois besoin d’un interlocuteur avec qui en parler et trouver des solutions, même si il faut faire la queue. Il nous arrive d’acheter à distance et de payer en ligne, de lire les informations par fil RSS, de répondre aux questions de nos enfants en utilisant Google pour accéder à Wikipédia, d’imprimer le plan de notre trajet en métro. Mais plus de vingt ans après les débuts de la banque en ligne, ou de l’informatique à l’école, nous les voyons toujours comme des nouveautés. L’e-mail nous joue des tours, la messagerie instantanée nous stresse par ses interruptions permanentes, les “amis” des réseaux sociaux ne sont pas nos vrais amis, nous ne comprenons pas encore très bien ce que c’est qu’un portail et nous trouvons parfois que la déclaration d’impôts préremplie sur papier est bien plus commode et plus fiable que la déclaration en ligne. Les moteurs de recherche nous contrarient souvent : quand nous les interrogeons, ils donnent trop de réponses; si nous précisons notre pensée, ils n’en donnent plus assez ; ils nous inquiètent aussi, par ce qu’ils nous apprennent sur nous-mêmes à l’énoncé de notre nom : copains de classe, erreurs de jeunesse, comptes rendus de réunions, photos de conférences ou de fêtes diverses publiées ici ou là, notre quart d’heure de célébrité s’est transformé, à notre insu, en giga-octets.

On est toujours le prénumérique de quelqu’un. Le petit frère habile, le collègue averti, l’expert sur la brèche, le vendeur condescendant, le concurrent compétitif, la grand-mère blogueuse, l’hôtelier branché ou le bricoleur passionné nous expliquent comment il faut s’y prendre : l’innovation étant devenue la norme, il ne s’agit pas d’être en retard et de freiner le changement. Les lycéens ne comprennent pas bien les pratiques des collégiens, les blogueurs peinent à se transformer en twitteurs, les pionniers du web ont commencé par rater la marche du web2 comme les informaticiens les plus pointus ont méprisé la micro-informatique à ses débuts. Les années d’emphase que nous traversons nous incitent à davantage de modestie : gardons-nous de nous moquer des prénumériques, ne voyons dans l’évocation de leurs pratiques un peu démodées ni anecdote ni nostalgie, comprenons ce que nous pouvons en apprendre. Comprendre ce qui change, c’est aussi comprendre ce qui précède, c’est aussi savoir considérer ces traces comme richesses, savoir retracer la généalogie de nos innovations numériques, et trouver un peu de recul à leur égard. Il ne fait pas de doute que la publication assistée par ordinateur a ouvert le champ des possibles pour l’édition et pour la communication, il est aussi évident que le savoir-faire des typographes a mis longtemps avant d’être égalé par les PAOistes, si par hasard il l’est. Nous vivons précisément le moment où nous savons encore comment on faisait “avant” les évolutions numériques, dans nos vies quotidiennes personnelle et professionnelle, alors qu’elles ont déjà modifié nos pratiques. Les plus jeunes d’entre nous n’ont accès aux récits de cet ancien monde que par nos témoignages et les traces qu’ils trouveront facilement dans les livres.

Pourtant nous ne vivons pas un basculement intégral : certaines substitutions sont lentes, d’autres n’auront pas lieu. Il y a moins de feuilles de sécurité sociale et de vignettes à coller pour être remboursé, mais il y en a encore. Il y a davantage de façons d’apprendre en ligne, mais il est plausible que l’apprentissage en “présentiel” ne disparaisse pas du tout, qu’il se réinvente, que l’histoire ne soit pas aussi linéaire que cet avant-après simplificateur.

Quant à ce qui change, la part du “numérique” n’y est pas toujours déterminante. Le prix du foncier ou du carburant ont sans doute davantage d’impact sur la localisation des bureaux ou des commerces et le volume de nos déplacements que le “télétravail”. Les origines sociales et la précarité sont sans doute plus déterminantes pour l’accès à l’éducation et à la connaissance que les outils techniques de la “société de la connaissance”. Pour comprendre la plupart des domaines de notre monde, le numérique n’est souvent pas la bonne entrée, en tout cas il n’est jamais la seule. Nous sommes donc durablement prénumériques; quant aux digital natives, ils naissent ou sont nés dans un monde où le numérique existe, mais où le prénumérique préexiste, et il n’y a pas lieu de s’en inquiéter, mais d’y prêter toute l’attention nécessaire.

Jacques-François Marchandise

non-usages

Tags : moteurs de recherche, moteur, réseau

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