Le mar 12

Dans les messages précédents concernant le réseau de contenu Google (https://adwords.google.fr/select/afc.html), Inside Adwords avait abordé les nombreuses activités que vos clients peuvent effectuer en ligne et dans quelle mesure leur technologie de ciblage contextuel peut vous aider efficacement à atteindre ces clients potentiels sur des sites pertinents. Aujourd\’hui un point pour voir comment vous pouvez contrôler la manière dont vous payez pour la diffusion de vos annonces sur le réseau de contenu, ainsi que le retour sur investissement pour votre entreprise…

Source et suite de l’article : http://adwords-fr.blogspot.com/2009/03/reseau-de-contenu-maitriser-facilement.html

Tags : réseau, html, en ligne

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Le mar 12

Sommes-nous aussi coincés et procéduriers au regard de notre vie privée que la société de nos grands-parents l’était en matière de sexualité ? Dit autrement : assiste-t-on aux prémices d’un bouleversement similaire, d’un point de vue identitaire, à celui de la révolution sexuelle ?

Une maman augmentéeC’est la thèse esquissée dans un très intéressant article consacré aux bénéfices sociaux, personnels et professionnels du partage des données par les utilisateurs de réseaux communautaires et sociaux type “web 2.0“.

Pour le professeur Ravi Sandhu, responsable de l’Institut de la cyber sécurité à l’université du Texas à San Antonio, l’absence de pudeur des “natifs du numérique” (traduction de digitals natives, le surnom donné à ceux qui ont grandi environné de technologies de l’information) serait comparable à l’attitude désinhibée avec laquelle les jeunes des années 60-70 abordaient la sexualité :

“Au début, les gens avaient très peu d’inhibitions, et adoptaient des pratiques très risquées. Nous en sommes un peu à ce stade, en matière de partage de données. Avec le temps, les gens ont appris que ce n’était pas sans danger.”

Ce qui n’a pas empêché la libération sexuelle d’avoir lieu, et de profiter, in fine, à l’ensemble de la société.

La thèse est intéressante, la personnalité de ses auteurs ne l’est pas moins. Don Peppers et Martha Rogers, les auteurs de l’article, sont à la tête d’un cabinet de consultants spécialistes de la relation clients, et 1to1media, le journal où a été publié leur article, en est une filiale.

Ravi Sandhu, quant à lui, déclarait récemment qu’il travaillait “en synergie” avec la National Security Agency (NSA), le plus important des services de renseignement américains, qui a pour mission d’espionner les télécommunications : la NSA vient en effet d’implanter un nouveau supercentre de “fouille de données” (data mining, en VO) à San Antonio, et elle embauche un certain nombre des étudiants de Sandhu.

Sonde émotionnelleOn peut facilement comprendre que des gens dont le métier est d’agréger des données personnelles militent pour un changement de comportement vis-à-vis de la notion de vie privée, et cherchent à faire accepter l’idée que la population n’a rien à en craindre, mais tout y à gagner. Cette précaution prise, leur question fait-elle pour autant sens ?

Big Brother, un truc de vieux ?

Récemment on apprenait que si un mineur sur cinq fait effectivement l’objet d’avance sexuelle via l’internet (une proportion tombée de 19 à 13% entre l’an 2000 et 2006), 90 % de ces “avances” sont le fait de personnes du même âge.

Ces avances relèveraient, pour l’essentiel, de plaisanteries, mais feraient aussi de plus en plus partie du “nouvel ordre” amoureux : aux Etats-Unis, un adolescent sur cinq, et un jeune adulte sur trois, ont ainsi déjà envoyé des photos ou vidéos d’eux-mêmes, nus ou à moitié nus, par l’internet ou le téléphone mobile.

En France, un rapport parlementaire avançait il y a peu que de nombreux collégiens n’iraient plus aux toilettes de peur d’y être photographiés. Et les 3/4 des jeunes Américains sondés reconnaissent qu’envoyer des contenus sexuellement suggestifs “peut avoir des conséquences négatives sérieuses”, d’autant qu’ils savent (à 44 %) que ces contenus peuvent être partagés avec d’autres personnes que les premiers destinataires.

En tout état de cause, le jeu en vaudrait la chandelle : les éventuels dommages collatéraux que permettent ces technologies, complètement intégrées dans leurs vies, ne leur font pas plus peur que l’utilisation de la voiture, pourtant bien plus mortelle, n’effraie leurs parents.

Slate.fr publiait ainsi récemment une chronique de Matthieu Josse intitulé La peur de la géolocalisation, c’est un truc de vieux ? :

“La géolocalisation en temps réel, c’est un truc qui fait un peu peur à tout le monde. Et pourtant, vous n’y échapperez pas. Surtout vos enfants. Car cette technologie est déjà bien avancée et il n’y a aucune raison que les plus jeunes n’y trouvent pas une utilité sociale.”

BodyguardL’argument est un peu court. Mais les deux exemples d’utilisation donnés par Josse offrent une clef d’interprétation :

“Tout de suite, tout le monde a pensé à un aspect positif (savoir où est son môme) avant de verser dans la parano tendance espionnage (votre femme/mari sait où vous êtes et éventuellement où vous n’êtes pas censé être).”

Comme s’il était “normal” de pouvoir géolocaliser son enfant, alors qu’il ne le serait pas de le faire entre adultes. Comme si les “natifs du numérique” avaient complètement intégré le fait de pouvoir, en tout temps et tout lieu, être surveillé par une technologie.

Mieux : loin de le percevoir comme une atteinte potentielle à leur vie privée, ils se focalisent sur l’utilité sociale, et les bénéfices, que d’autres d’abord, et eux ensuite, pourraient en tirer.

Lors de l’université de printemps de la Fing de 2007, consacrée aux apprentis sorciers, plusieurs étudiants de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (Ensci) ne comprenaient pas pourquoi nous étions plusieurs à être perturbés par leur façon décomplexée d’imaginer des usages ludiques -et commercialisables- des technologies de surveillance (leurs affiches illustrent ce billet).

Plus précisément, ils estimaient que si nous avions été choqués, c’est parce que nous étions “vieux“, que ces technologies faisaient partie de leur vie, qu’ils avaient grandi avec, qu’elles ne leur posaient pas de problèmes et que nous devrions bien nous y adapter.

Le parallèle avec la révolution sexuelle s’arrête là. Au siècle dernier, les jeunes -et notamment les femmes- dénonçaient les tabous et carcans de la société, et voulaient plus de libertés. Aujourd’hui, les natifs du numérique ne militent pas “contre“, mais “pour” : ils vont dans le sens du vent, non seulement de ceux qui font profession de nous “profiler“, mais aussi de ceux qui prônent les notions de bien commun et de partage des données, pour une redéfinition de la notion de propriété tel qu’on le voit à l’oeuvre avec la culture du “Libre” (créative commons, logiciels libres).

Bionic eyeCar ceux que perturbent l’idée de voir leurs enfants (ou salariés, collègues, amis) être ainsi “espionnés” pointent surtout le risque de “contrôle à distance, de conformisme anticipatif (et) d’incitation à l’autocensure” qu’induit ce maillage et cette interconnexion de données, comme le rappelle Antoinette Rouvroy, du Centre de recherche informatique et de droit de l’université de Namur, dans un article intitulé “Réinventer l’art d’oublier et de se faire oublier dans la société de l’information ?” que vient de publier L’Harmattan dans un recueil sur La sécurité de l’individu numérisé. Comme l’expliquait Gilles Deleuze :

“Le propre des normes modernes, et c’est ce qui caractérise le passage progressif de la société disciplinaire décrite par Michel Foucault (…) à la société de contrôle (…), est que ce sont les individus qui doivent s’imposer eux-mêmes non seulement le respect, mais l’adhésion aux normes (…). Le pouvoir prend, dans la société moderne, la forme d’offres de services ou d’actions incitatives bien plus que de contrainte.”

Tous “à poil” sur le Net ?

Olivier Auber, volontiers provocateur, lançait pour sa part, l’an passé, et un peu à la manière de certaines communautés des années 70, un Club des naturistes numériques sur Facebook :

“A poil sur l’Internet, et de manière militante ! C’est l’Internet qui doit s’adapter à notre condition naturelle, pas l’inverse. A quoi sert la nature si l’on ne peut pas aller y batifoler à son aise ? A quoi sert le réseau si l’on ne peut pas y apprendre et rêver sans menaces (celles de la surveillance généralisée, du marketing, du regard d’autrui) ? 

Les naturistes numériques n’entendent rien protéger de leur intimité physique ou numérique. Ils veulent nager nu et librement dans l’immensité du réseau. Il veulent ressentir chaque vibration de la toile sans filtre et sans peur.”

A ceci près que le problème des naturistes, ce n’est pas d’être nu, mais la façon qu’ont certains de les regarder, notamment ceux qui restent habillés. Nombreux sont ceux qui, utilisant des espaces protégés des regards extérieurs (communautés virtuelles semi-fermées, profils Facebook à accès restreint, etc.) s’ébattent depuis longtemps sur le Net, en toute liberté, et y échangent photos, vidéos et messages persos sans craindre de les voir exposés au tout venant.

Mais plus nombreux encore sont ceux qui s’épanchent sans se protéger, s’exposant au risque de se voir licenciés, non recrutés ou humiliés pour des propos ou photos considérés, à tort ou à raison, comme déplacés.

Le naturisme se définit comme “une manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisée par la pratique de la nudité en commun, ayant pour but de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et de l’environnement“.

La notion de respect de l’autre, et de soi-même, est fondamentale. Or, confrontée à un regard extérieur, non préparé, non conscient des enjeux, et des règles, qui prévalent en la matière, la nudité peut choquer, ou être détournée de son objet initial.

Le chapitre intitulé “Little Brother is watching you” du recueil sur La sécurité de l’individu numérisé revient ainsi sur le débat qui a suivi la mise en ligne des salaires et déclarations fiscales des Suédois :

“Nous avons conclu que la qualité des informations est aussi reliée à la qualité de la lecture. Le fait de rendre accessible à tous des informations personnelles sans une vérification raisonnable de la qualité est dangereux : des individus peuvent être mal représentés et il n’existe pas d’assurance que les récepteurs de la (dés)information soient suffisamment compétents pour effectuer des jugements judicieux.”

De même que le naturisme n’est pas une incitation au voyeurisme, mais une liberté que certains, dans des espaces-temps bien précis (chez eux ou dans des “clubs” prévus à cet effet essentiellement), font le choix de vivre et d’assumer, et que l’on ne saurait contraindre tout un chacun à vivre nu, en tout lieu et tout le temps, la transparence devrait rester un droit, une possibilité, pas une obligation, encore moins une contrainte. C’est non seulement une atteinte à l’intimité, mais cela peut aussi être vécu comme une provocation par ceux qui se contentent de regarder, et une humiliation par ceux qui se retrouvent ainsi “mis à nu” par des étrangers.

Pour en finir avec la vie privée ?

Bill Thompson, célèbre éditorialiste spécialisé dans les technologies à la BBC, avançait récemment à la conférence Lift qu’on pourrait tirer partie de la fin de la vie privée qu’annoncent les sites sociaux et notre “société de bases de données“, et repenser ce que nous entendons par “personnalité“, ainsi que les frontières de ce qui relève du public, et du privé :

“Ceux qui n’hésitent pas à adopter, et utiliser, les technologies qui minent l’ancien modèle de vie privée ont énormément à apprendre à ceux qui craignent de voir leurs mouvements, habitudes alimentaires, amitiés et manière de consommer les médias être accessibles à tous.

Les utilisateurs de Twitter, Tumblr et autres outils de réseaux sociaux partagent plus de données, avec plus de gens, que le FBI de Hoover, ou la Stasi, n’auraient jamais pu en rêver. Et nous le faisons de notre propre chef, espérant pouvoir en bénéficier de toutes sortes de manières.”

Les détectives privés, récemment réunis en congrès, semblent du même avis, et semblent largement profiter de ce naturisme numérique : “Facebook est très efficace, bien plus utile que les fichiers policiers comme Edvige. La Cnil ne nous met pas des bâtons dans les roues. Les gens racontent toute leur vie en détail. Et le plus fou : les informations sont exactes, la plupart ne mentent même pas.

A ceci près que, comme le soulignait Daniel Kaplan, “Edvige stocke par principe de soupçon, sans nous demander notre avis ; les individus en réseau font des mêmes informations “sensibles” (et de bien d’autres qui le sont souvent moins) un usage stratégique, pour se construire eux-mêmes dans la relation aux autres, pour apparaître au monde sous un jour qu’ils auront au moins partiellement choisi. Du point de vue qui compte, celui des individus, de leur liberté et de leur autonomie, tout oppose donc les deux démarches !

La comparaison faite entre Edvige et Facebook a ceci de facile et démagogique qu’elle vise, non seulement à justifier un fichage policier, sinon illégal et amoral, tout du moins problématique d’un point de vue démocratique, mais aussi parce qu’elle justifie également toutes sortes de dérives. De même que le port d’une mini-jupe ou le fait de bronzer les seins nus ne sont pas des incitations au viol, l’exposition ou l’affirmation de soi sur les réseaux ne saurait justifier l’espionnage ni les atteintes à la vie privée.

Bill Thompson ne se contente pas de constater ce changement de statut de la vie privée. Pour lui, il devrait aussi constituer l’un des postulats d’un nouveau Siècle des Lumières, numérique, à bâtir. Il estime en effet que nos sociétés sont fondées sur des croyances à propos de l’intimité (et de la propriété) héritées des Lumières, mais qui seraient devenues obsolètes à l’heure où nos vies deviennent de plus en plus transparentes.

Pour lui, le droit à la vie privée repose également sur le fait qu’il est techniquement impossible de surveiller tout le monde, tout le temps. La technologie évoluant, Thompson prédit que, d’ici quelques années, nous serons tous sur écoute, par défaut, et que les autorités policières et administratives disposeront probablement d’un accès direct à toutes les données nous concernant.

Il faudrait donc en finir avec l’idée de la vie privée, ne serait-ce que parce que le droit à la vie privée, tout comme les mesures techniques de protection (DRM, censées brider l’utilisation faite de tels ou tels fichiers), ne sont jamais que des tentatives, vaines, d’enrayer la libre circulation et le partage des données.

“Si nous croyons en l’individu, si nous croyons que nous nous définissons essentiellement par les réponses que nous recevons de notre environnement et des gens qui nous entourent, alors l’intimité est une illusion qui n’est pas nécessaire.

Il faut repenser ce qu’est un être humain ! Pouvons-nous dépasser l’idée obsolète que représente la vie privée, la sphère privée, et prendre le risque d’essayer de vivre avec l’idée que la vie privée n’existe plus ? Certains en souffriront, d’autres iront également en prison, mais c’est peut-être le prix à payer pour bâtir un nouveau siècle des Lumières.”

Mais peut-on bâtir un nouveau Siècle des Lumières en partant du postulat que “certains en souffriront, et que d’autres iront également en prison” ? Et si la vie privée n’existe plus, que met-on en place pour lui succéder (sans forcément la remplacer) ? Et comment concilier les libertés inhérentes à nos démocraties avec le placement systématique sous surveillance de leurs citoyens de façons que ne renieraient pas les régimes totalitaires ?

La vie privée est la première des libertés

La réponse à toutes ces questions est peut-être à chercher du côté de ce que nous apportent, effectivement, les technologies de l’information en terme de libertés. La révolution sexuelle n’a pas fait de l’échangisme ni des orgies le B-A.BA de la sexualité, mais a permis de décomplexer, et libérer, le rapport à la sexualité. De même, ceux qui revendiquent la libre circulation de leurs données personnelles ont déjà commencé à désinhiber, et décomplexer, tout ou partie de la façon dont nous protégeons notre identité. Mais cela ne se fait pas sans stratégies ni valeurs de remplacement.

Tous ceux qui se sont penchés sur la notion d’identité numérique constatent que ceux qui passent une bonne partie de leurs vies sociales sur l’internet ont appris à en maîtriser les outils, à mettre en avant leurs compétences, qu’elles soient professionnelles ou non, leurs passions et expertises, et savent plus ou moins bien protéger ce qui relève à proprement parler de leur vie privée.

Ainsi, le journaliste de Mediapart qui, pour rebondir sur le désormais célèbre portrait Google d’un internaute lambda, publié par Le Tigre, avait décidé de me tirer le portrait, n’a pas trouvé grand chose d’attentatoire à ma vie privée (voir Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur moi mais que vous aviez la flemme d’aller chercher sur l’internet…). L’identité numérique est un processus, une construction, qu’il faut donc apprendre à maîtriser. Encore faut-il en avoir le droit, et la possibilité.

IPqueurEn conclusion de son article, Antoinette Rouvroy rappelle que la vie privée n’est pas “un droit fondamental parmi d’autres, elle est la condition nécessaire à l’exercice des autres droits et libertés fondamentaux” et que “le droit à la protection de la vie privée joue notamment le rôle d’un “système immunitaire de l’espace psychique”“.

La liberté d’opinion (de pensée plus d’expression), la liberté de circulation, et de réunion, les libertés politiques, syndicales et de culte, ne peuvent être exercée dès lors que l’on n’a plus le droit à la vie privée.

Et autant je doute que les marchands de données personnelles non plus que les partisans des logiques sécuritaires soient à même d’initier un mouvement d’émancipation similaire à la révolution sexuelle, ou au siècle des Lumières, autant il est effectivement fort possible que le processus d’émancipation, de partage et de libération de nos savoirs et compétences, tel qu’on le voit à l’oeuvre sur l’Internet, dessine effectivement les prémices d’un “nouveau monde“, moins hiérarchisé, moins contrôlé “par en haut“, et donc forcément plus démocratique et “par le bas“.

Comme l’écrivait également Daniel Kaplan dans son éditorial précité, “Et si, à l’époque des réseaux, l’enjeu était de passer d’une approche de la vie privée conçue comme une sorte de village gaulois – entouré de prédateurs, bien protégé, mais qui n’envisage pas de déborder de ses propres frontières – à la tête de pont, que l’on défend certes, mais qui sert d’abord à se projeter vers l’avant ? Il n’y aurait pas alors de “paradoxe”, mais un changement profond du paysage, des pratiques, des aspirations.

Jean-Marc Manach

Voir aussi les travaux (en cours) d’un groupe de travail “Informatique & libertés 2.0 ?“, réuni dans le cadre du programme “Identités actives” de la Fing.

confiance, géolocalisation, identités actives, lifelog, lift09, réseaux sociaux, sécurité, surveillance, traçabilité

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Le mar 11

La session finale de Lift était dédiée à des personnalités qui réinventent leur discipline, comme Melanie Rieback, spécialiste de la sécurité des puces RFiD, Clive van Heerden de Philips Design et bien sûr, Vinton Cerf, le père de l’internet.

Développer le piratage pour renforcer la sécurité

Melanie Rieback est une spécialiste des puces RFiD (des puces électroniques qu’on peut identifier via les ondes radio et qui devraient être la technologie principale de “l’internet des objets”, cet internet qui va connecter tous nos objets du quotidien), professeure au Groupe des systèmes informatiques du département des sciences de l’informatique à l’université Vrije d’Amsterdam. Elle se présente comme une “hackeuse en col blanc”, c’est-à-dire qu’elle casse les systèmes pour chercher à les réparer et à les rendre plus forts.

Les mains de Melanie Rieback par MRTNK
Image : les mains de Melanie Rieback par MRTNK.

“Avec l’internet des objets, nous aurons les mêmes problèmes qu’avec l’internet, prévient la chercheuse : lecture non autorisée de puces, traçage, copie, écoute, refus de service, piratage, spam… Le problème de la technologie RFiD est qu’elle est bas de gamme et donc peu sûre. Comme nos ordinateurs, les puces sont sensibles au virus, comme l’a démontré Mélanie en créant le premier virus RFiD en mars 2006. La plupart des systèmes RFiD peuvent être piratés, assène la chercheuse en évoquant les passeports, les cartes d’identité ou les pass de transports en commun qui commencent à intégrer ces puces, comme l’ont démontré ses étudiants aux Pays-Bas en piratant l’un des systèmes de transports publics hollandais utilisant des puces électroniques. Mais les hommes politiques et les industriels semblent ne pas vouloir entendre le problème, explique Melanie Rieback. D’où l’idée du RFiD Guardian. Il consiste en un système portable capable d’assurer la protection et la sécurité de la vie privée dans les systèmes RFiD. Cet appareil agit comme un lecteur de puce, capable de décoder les étiquettes intelligentes, et peut également émuler les étiquettes ou brouiller les puces. RFiD Guardian a un double but politique : permettre à chacun de surveiller l’utilisation des puces RFiD et permettre à chacun de générer sa propre politique de sécurité, en permettant de modifier l’information contenue par les puces.

Une version commerciale devrait bientôt être accessible (même si le projet est en open source) afin que tout un chacun dispose des moyens pour pirater les puces. Le but de Mélanie est de faire réagir l’industrie, qui pour l’instant demeure sourde aux problèmes de sécurité qui s’accumulent. Les attaques vont sortir des laboratoires promet la chercheuse. “Parce que nous avons besoin d’une industrie de la RFiD sûre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui”, conclut clairement la chercheuse.

Provoquer pour mieux comprendre le futur

Clive van Heerden de Philips Design s’occupe du programme Probes, un programme de recherche dans les domaines de la politique, de l’économie, de l’environnement, de la technologie et de la culture, dont le but est de comprendre comment vont évoluer nos styles de vie. “Ce que nous essayons de faire à Philips Design, n’est pas de proposer des produits précis, mais de présenter des conceptions provocantes pour évaluer les réactions qu’elles suscitent. Nous nous focalisons surtout sur les phases de crises, pour mieux comprendre les réactions des gens et mieux comprendre ce que sera notre mode de vie à l’horizon 2020-2030″.

Clive van Herdeen par MRTNK
Image : Clive van Heerden à Lift, par MRTNK.

Et clive van Heerden de montrer les vidéos de plusieurs champs de recherche du programme comme Off The Grid, imaginant à quoi pourrait ressembler un habitat durable à l’horizon 2020, avec des matériaux vivants, agissant comme des membranes acheminant l’eau, l’air ou la lumière (vidéo).

Le projet Skin imagine l’intégration de matières sensibles, de tissus intelligents, dans nos vêtements, pour faire ressentir nos états émotifs dans les habits que nous porterons (vidéo).

Le projet se décline en deux autres versions : l’un imagine des tatouages électroniques capables de traduire nos émotions à la surface même de nos corps (vidéo) ; l’autre, des bijoux électroniques et flexibles, ludiques, tactiles, permettant de stimuler notre activité biologique et de traduire nos émotions en messages.

Un autre projet, dédié à la nourriture, imagine comment nous consommerons nos aliments dans 20 ans, selon plusieurs scénarios. Le premier, “la cuisine de diagnostic”, consiste en un outil capable d’adapter votre alimentation à votre santé et à vos besoins nutritionnels. “L’alimentation de création” s’inspire lui de la cuisine moléculaire et des imprimantes 3D pour imaginer comment nous “imprimerons” notre nourriture à l’avenir. La “ferme de la maison”, enfin, est un écosystème domestique permettant de cultiver chez soit poissons, crustacés, algues et plantes, d’une manière interdépendante les uns aux autres (la filtration de l’eau, le recyclage des éléments nutritifs, l’utilisation optimale de la lumière du soleil, sont quelques-uns des piliers du projet).

Des normes pour bâtir l’internet

Le père de l’internet, Vinton Cerf, a conclu la conférence Lift en rappelant que l’internet fonctionne parce qu’il y a des normes, et que des personnes coopèrent ensemble autour de ces normes. En 1983, lors du lancement officiel de l’internet, il y avait 400 ordinateurs connectés, aujourd’hui on dénombre plus 1,4 milliard d’utilisateurs. 3,5 milliards de mobiles sont aux portes de l’internet : la première expérience de l’internet, pour de nombreuses personnes, se fera via un mobile.

Vinton Cerf à Lift 2009 par RMTNK
Image : Vinton Cerf à Lift, par RMTNK.

Mais l’internet n’est pas sans faiblesse. Dans les années 70, personne ne pouvait savoir la quantité d’espace nécessaire pour les adresses que nous nous apprêtions à utiliser. Le choix s’est porté sur des adresses de 128 bits, ce qui semblait suffisant pour une expérimentation… “Sauf que cette expérimentation n’a jamais pris fin et que l’on vit toujours avec”. Comme le confiait récemment Vinton Cerf : “D’ici 2010, nous n’aurons plus d’adresses IP disponibles si nous ne faisons pas quelque chose pour résoudre le problème”.

Il y a d’autres limites que nous sommes en train de dépasser également, comme l’intégration des caractères non latins dans les noms de domaines, ou encore des solutions permettant d’interpréter des applications qui ne sont plus disponibles, nous permettant par exemple de continuer à lire un PowerPoint de 1997 en l’an 3000.

Vinton Cerf a évoqué également son projet d’internet interplanétaire, expliquant que le protocole TCP/IP, qui fait fonctionner l’internet, n’est pas adapté aux communications spatiales parce qu’il n’accepte pas les retards de transmission de plus de 40 minutes alors qu’il faut une vingtaine de minutes pour envoyer un message sur Mars (et autant pour le retour). D’où la nécessité de construire de nouveaux protocoles… D’ici la fin de l’année, le protocole interplanétaire devrait être au point et nous serons capables de faire des communications spatiales standardisées, assure Vinton Cerf. La prochaine étape ? “Le réseau interstellaire !”, s’amuse Vinton Cerf. “Mais nous avons besoin de trouver un système de propulsion adéquat. Autant dire qu’il nous reste beaucoup de travail à faire”, s’amuse avec une belle modestie Vinton Cerf.

lift09

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Le mar 11

La façon dont nous aimons, rencontrons l’autre et échangeons avec lui a été profondément transformé par les technologies, comme le montre le succès des sites de rencontre. Les technologies savent-elles nous parler d’amour et comment ? C’est la question que posait la conférence Lift au sociologue Baba Wamé et à Frank Beau.

Stratégies amoureuses à l’heure des sites de rencontres

Baba Wamé est sociologue, enseignant à l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication à l’université de Yaoundé et a soutenu une thèse à Paris II sur les usages de l’internet au Cameroun. Le Cameroun est un pays de 18 millions d’habitants, rappelle-t-il, qui compte 500 000 utilisateurs d’internet dont 350 000 qui se connectent depuis les 2500 points d’accès publics. Baba Wamé a étudié les usages des sites de rencontre auprès des Camerounaises. Ces femmes, ces” tchatcheuses” comme il les appelle, ont entre 18 et 34 ans en majorité, un niveau scolaire peu élevé, et ne sont pas toutes célibataires loin s’en faut (certaines sont même mariées et font des rencontres parfois avec l’assentiment de leurs maris). Elles viennent surtout du Sud du Cameroun chrétien (par rapport au Nord, musulman, où l’internet est moins présent). En se connectant aux sites de rencontres, ces femmes cherchent à changer leur vie et celle de leur famille par le mariage, ainsi qu’à avoir des enfants métis (ce qui semble être particulièrement valorisant dans la société camerounaise contemporaine, à l’image de Yannick Noah, l’un des emblèmes du pays). “Partir, c’est trouver une alternative à la misère”, rappelle Baba Wamé.

Baba Wamé sur la scène de Lift09 par MRTNK
Image : Baba Wamé sur la scène de Lift par MRTNK.

Outre le fait que sur les sites de rencontre, les femmes peuvent s’inscrire gratuitement, la facilité d’utilisation de l’internet et l’amélioration des lieux de connexion (débits élevés, salles climatisées, box assurant la discrétion nécessaire pour se déshabiller devant l’oeil de la webcam…) ont été des facteurs qui ont facilité l’appropriation d’internet par les Camerounaises. “Les femmes camerounaises ont des techniques pour accrocher les hommes sur le net, notamment en établissant des stratégies pour sélectionner les fiches personnelles des partenaires potentiels (elles ne veulent pas des jeunes de moins de 30 ans, ni des noirs américains, et la Suisse est l’un de leur premier pays cible). Ces femmes doivent entretenir de bons rapports avec les moniteurs de cybercafés, car beaucoup surfent sans jamais être allés à l’école, sans même parler le français ou l’anglais, d’où la nécessité d’entretenir parfois de très bonnes relations avec les responsables des cybercafés. Enfin, il faut se souvenir que pour dénicher l’âme soeur, il faut être présent très régulièrement sur ces sites de rencontre : entre 4 et 5 fois par semaine. Chaque mois, il leur faut trouver quelque 150 euros pour supporter leurs frais d’accès, dans un pays où l’on vit avec moins de 2 euros par jour. Toute la famille participe pour financer la connexion, dans l’espoir que les relations internautiques finiront par un mariage, qui aura des retombées financières positives pour toute la famille.

A Yaoundé, seulement 10 à 15 % des Camerounaises qui utilisent un site de rencontre finissent par se marier. Mais 60 % de celles qui trouvent un mari en Europe finissent dans un réseau de prostitution. C’est peut-être cela la réalité des sites de rencontres vue d’Afrique.

Metromantics : le métro romantique à l’heure des TIC

Frank Beau est un chercheur indépendant (qui a souvent contribué à InternetActu.net), auteur d’un excellent livre sur les transformations de notre culture à l’heure des jeux vidéos (Culture d’univers). Il s’est intéressé pour la Régie autonome des transports parisiens (Ratp), aux transformations de nos relations dans les transports. A quoi ressemblera le métro de demain ? Il sera à la fois un moyen de transport et d’échanges, assure Frank Beau. “Mais comment une machine à flux peut-elle organiser un tissage entre les particules ?” Internet permet-il d’éclairer l’avenir de nos échanges dans le métro ? Ce sont quelques-unes des questions que pose “l’amour mobile” (alias “metromantics”), l’étude que Frank a réalisée pour la Ratp et qu’il nous présente.

Assurément, le métro est un endroit propice à la rencontre, comme le montrent les sites de “retrouvailles” tels que DisLeLui ou ParisBulle, qui servent aux usagers à lancer des bouteilles à la mer pour retrouver les personnes qu’elles y ont rencontrées. Frank est parti des récits postés sur ces sites pour les analyser et découvrir la forme commune à ces messages, qui tous se structurent de la même façon : un lieu, une histoire (avec un début et une fin), un désir, un espoir. Le langage qui se met en place entre deux personnes qui se croisent dans le métro est le contraire d’internet : c’est un langage non verbal, qui s’appuie sur le regard. Le regard est un choc électrique. Il est la “connexion”. Mais comment passer de la connexion à l’échange ? Du regard au sourire ? C’est souvent ce que racontent les histoires que les gens postent sur ces sites. Pour cela, il y a des objets transitionnels : les corps bien sûr (le contact de la main, de l’épaule, des cheveux, voire de la nourriture…) composent des manières de se rapprocher selon un complexe “Tétris des corps”. L’espace et le temps également : se rendre compte qu’on est dans le même espace, qu’on partage le même temps, qu’on participe de mêmes communautés de déplacements est important. Enfin, il y a de vrais objets transitionnels comme la musique, la lecture (le livre est en cause dans la moitié des annonces et donne prétexte à communication, car c’est à la fois ce qu’on lit et ce que les autres lisent qu’on lit) ou les téléphones mobiles. Dans le romantisme urbain de la rencontre, on projette assurément l’imaginaire amoureux d’une époque.

Frank Beau à Lift09 par MRNTK
Image : Frank Beau sur la scène de Lift par MRTNK.

Qu’est-ce qui explique qu’il y ait des coups de foudre dans le métro ? C’est d’abord la coprésence ainsi que la diversité du public (qui démultiplie les possibles), mais également la force d’un lieu qui privilégie la communication non verbale (en cela, le métro est l’anti-internet, qui “verbalise d’abord”). Le métro est une zone autonome temporaire, comme la définissait Hakim Bay, qui favorise l’intensité, qui focalise toute action ou tout regard en acte pour ceux qui participent du même espace. C’est ce qui explique que le métro, ce théâtre de l’éphémère, favorise des émotions particulières.

Dans ce contexte, les technologies de rencontre permettent de resynchroniser nos émotions, comme LoveGetty, le service original de BlueDating (de rencontre par mobile via la technologie sans fil Bluetooth, permettant de détecter à proximité des profils complémentaires au sien) né au Japon en 1998. “Ne sommes-nous pas en train d’inventer des techno-phéromones ?”, s’amuse Frank Beau. Les technologies nous permettent d’augmenter le territoire de négociation de nos rencontres (à l’image des papillons capables de ressentir leurs partenaires jusqu’à 10 kilomètres). Les profils des sites sociaux deviennent les signaux de ces phéromones. Reste à comprendre les codes sociaux de la négociation dans la relation qui s’instaure. Est-ce que la technologie peut les faire évoluer ? C’est ce à quoi s’amuse Frank Beau en imaginant un scénario délirant sur l’amour au 21e siècle. Que donnerait le développement du mobile dating, la “technopheromonisation” des espaces publics urbains, les oppositions et frictions entre les biolovers (ceux qui privilégient le processus biochimique dans la rencontre) et les technolovers (qui privilégient les outils de rencontre électroniques)… s’emballe Frank Beau, jusqu’à imaginer extraire une énergie de ces coups de foudre (le libidon) et développer un jour une phéromonnaie, nous permettant d’échanger l’énergie de nos sentiments…

Fou ? Forcément, mais ne faut-il pas un peu de folie pour oser parler d’amour sur l’internet à l’heure où la comparaison des profils tient lieu de sentiments ?

lift09, web 2.0

Tags : réseau, internet, code

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Le Réseau des Pirates (disclaimer : l’auteur de ces lignes en est membre fondateur) lance aujourd’hui son manifeste et son Pacte des Libertés Numériques. Objectif : mobiliser les parlementaires et les citoyens à l’approche des élections européennes autour de la défense des droits et des libertés numériques.

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Tags : ligne, réseau, numérique

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